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Vous pouvez suivre :
* mon voyage 2007
sur :
http://inde2.uniterre.com
* mon voyage 2008
sur :
http://inde3.uniterre.com
JE NE VOYAGE PAS :
- pour me donner bonne conscience
- pour subventionner un orphelinat en Inde
- pour faire l'aumône à bon compte
- comme bénévole d'une O.N.G. humanitaire
- pour vérifier la bonne utilisation de mes dons
- comme héraut du commerce équitable
- pour payer moins d'impôts
- pour monter une boîte d'import-export
- comme poupée-gigogne de la Charité business
- comme sous-marin sponsorisé des produits DINGO
- pour capter des subventions publiques ou privées
- pour trafiquer de produits licites ou illicites
- pour me shooter loin de mon quartier
- parce que l'Inde est à la mode
- pour exploiter sexuellement enfants et vaches-sacrées
- pour fonder une nouvelle secte
- comme une âme en quête de gourou
- pour changer de religion
- comme leader de la Confrérie des Blogueurs qui débloquent
JE VOYAGE :
~ parce que j'aime çà
~ pour écrire, pour vivre
BIENVENUE
dans
"HiStOiReS InDiEnNeS" !
Lionel BonhOuVrIeR.
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Publié à 17:14, le 1/10/2006 dans A1. PREAMBULE |
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LeS TrOiS ItInéRaIrEs
* En ce voyage, trois itinéraires sont indissociables :
- l'itinéraire géographique
- l'itinéraire littéraire et photographique
- l'itinéraire spirituel.
* L'ITINÉRAIRE GÉOGRAPHIQUE :
1/ PARIS (4 juillet 2006).
2/ Avion pour MILAN. Avion pour : DELHI à 6600 km.
3/ DELHI (4 au 7 juillet).
4/ En train, à 268 km vers le NE : HARIDWAR (Uttaranchal ou Uttarakhand) du 7 au 9 juillet.
Début du CHAR DHAM.
5/ Au nord, en bus (1h) : RISHIKESH (9 au 13 juillet).
6/ Plus de 200 km au Nord (12 h de bus) : HANUMAN CHATTI (13 juillet).
7/ Jeep pour Janki Chatti (14 km) à 2650 m.
Randonnée de 2 h pour YAMUNOTRI, à 3185 m (14 juillet).
8/ Descente à pied, jeep à Janki Chatti, retour à HANUMAN CHATTI (14/07).
9/ 215 km, soit 12h30 de bus pour GANGOTRI (15 juillet), à 3048 m.
10/ Randonnée jusqu'à BHOJBASA à 3782 m (16 juillet).
11/ Randonnée de 5 km jusqu'à GAUMUKH, à 3892 m. Puis redescente jusqu'à Gangotri (17 juillet).
12/ Jeep Gangotri-Uttarkashi (97 km, en 4h). "Crazy Driver..."
13/ UTTARKASHI (17 au 19 juillet).
14/ Deux bus pour Srinagar, puis Rudraprayag (159 km). Enfin jeep pour GAURIKUND (65 km). De 6h à 19h, soit 13h de trajet (20 juillet).
15/ Randonnée de 14 km : de Gaurikund (1981 m) à KEDARNATH (3584 m). Belle grimpette... Descente, retour à GAURIKUND le soir (21 juillet).
16/ Bus Gaurikund-Badrinath (229 km) de 5h à 18h. Durée : 13h. (22 juillet).
17/ BADRINATH (22 au 23 juillet).
18/ Promenade de 4 km à MANA (23 juillet). Puis retour à Badrinath.
19/ Bus Badrinath-Rishikesh (298 km). Durée : 12h30.
20/ RISHIKESH (24 au 29 juillet).
21/ Bus : Rishikesh-GOVINDGHAT (270 km en 13h) le 30 juillet.
22/ Grimpette de 14 km jusqu'à GANGARIA sous la pluie pendant 4h30 (31 juillet).
23/ 1er août : Le LAC du HEM KUND.
Trek en 3h, montant de 3050 m de Gangaria jusqu'à 4329 m au Hem Kund. Descente en plus de 2h... en sandales.
24/ Le 2 août, randonnée dans la VALLÉE des FLEURS, entre 3600 et 3800 m. à partir de Gangaria.
25/ Descente à pied (de 6h à 10h30) de GANGARIA à GOVINDGHAT (14 km) en plus de 4h. Puis 3 jeeps successives dans la journée pour Rishikesh (arrivée à minuit). Durée du trajet : 18 heures... (3 août).
26/ RISHIKESH (du 4 au 7 août).
27/ Bus pour DEHRA DUN. Puis, 216 km vers le NE, entrée au Pendjab en bus jusqu'à CHANDIGARH (7 août).
28/ CHANDIGARH (du 7 au 14 août).
29/ Toujours vers le NO, en bus, à AMRITSAR (15 au 18 août).
30/ Entrée dans l'Himachal Pradesh, en bus à MAC LEOD GANJ (18 août), où je séjourne (18 au 24 août).
31/ C'est à 9 km de DHARAMSALA, où je vais régulièrement.
32/ Bus de nuit pour DEHRA DUN (20h à 10h30). Ensuite, bus pour RISHIKESH (24 et 25 août).
33/ RISHIKESH (25 au 27 août).
34/ Bus pour DEHRA DUN, puis bus pour DELHI (27 août).
35/ DELHI (27 et 28 août).
36/ Deux avions : Delhi-Milan, Milan-PARIS (29 août 2006).
* Quant à l' ITINÉRAIRE LITTÉRAIRE, des textes restent à écrire :
1/ Frontière Inde-Pakistan.
2/ Sur les gurdwaras (temples sikhs).
3/ Conseils en montagne.
4/ Histoires de bus.
5/ Sites et art jaïnas.
* L'ITINÉRAIRE PHOTOGRAPHIQUE se complète avec :
- "La Fête de Ganesh à Paris" (36 photos)
- "Shravanabelagola" (25)
- "Ghangaria ou la Vallée des Fleurs" (24)
- "Le Rock Garden de Nek Chand" (24)
- "Chandigarh : parcs, jardins, fleurs" (21)
- "Au lac sacré du Hem Kund" (17)
- "Dharamsala ou la Roue du Temps" (15)
- "À la source du Gange, Gaumukh" (13)
- "La Main ouverte de Le Corbusier" (12)
- "Vive le foot !" (8)
- "Énigme au Temple d'Or d'Amritsar (7)
- "Pèlerins du Gujarat" (5)
- "Animalerie" (5), etc.
* Et L'ITINÉRAIRE SPIRITUEL ?
Je connais l'esprit caustique de certains des lecteurs de ce blog. Aussi ne parlerai-je ni d'hindouisme, ni de réincarnation...
Plus sérieusement, les bons lecteurs (ceux qui RELISENT...) peuvent trouver facilement dans les textes des indications très précises sur cet itinéraire.
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 04:01, le 29/09/2006 dans A2. Les trois ITINERAIRES |
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*L'INDE à PARIS en Octobre 2006 :
* 10/10/06 : POETES, SALTIMBANQUES, MUSICIENS
TZIGANES de l'INDE :
- Lieu : Cité de la Musique, 221, av. Jean Jaurès, M° Pte de Pantin.
- Salle des concerts à 20h, le 10 octobre.
- Tél : 01.44.84.44.84 (Réservations). Entrée plein tarif : 22 €.
- Programme :
- Le Pabuji Pad des Bhopas Nayaks, caste des Bhats
- Narayanan, jongleur et saltimbanque
- Les Kanjars
- Les Yogis Naths
- Danse derhu, des Nayiks.
* L'ART du TIBET, exposition, jusqu'au 19 novembre :
- Ville : Bruxelles (Belgique).
- Lieu : Musées royaux d'Art et d'Histoire, parc du Cinquantenaire.
- Horaires : Mardi à Dimanche : 10h à 17h.
- Exposition temporaire : de la collection Léon Verbert, avec 56 thang-ka (mandalas), des bronzes, des objets rituels, des instruments de musique.
- Entrée : 5 € plein tarif, 4 €, 2 €.
- Prolongation jusqu'au 19 novembre 2006.
- Infos : http://www.kmkg-mrah.be/newfr/index.asp?id=546
* NUITS de l'INDE, du 24/10 au 01/11/06 :
- Lieu : SATELLIT Café, 44, rue de la Folie Méricourt (11e)
- Horaires : Ouverture 20h, concert 21h;
- Tarifs : 8/10 €.
- Tél : 01.47.00.48.87 (Infos, réservations).
1/ KERAP, Gitans du Rajasthans :
- Dates : 24 et 25 octobre 2006.
- Musique des Marwars.
2/ PABAN DAS BAUL :
- Dates : 31 octobre et 1er novembre 2006.
- Artiste du métissage, il joue accompagné de musiciens bauls et d'autres venant du Rajasthan.
- Infos sur : http://spectable.com/paban-das-baul-nuits-inde-3/d_10031.php
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Publié à 13:30, le 28/09/2006 dans S2. L INDE a PARIS (Oct. 2006). |
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* Rubrique : L'INDE à PARIS septembre 2006 :
Cette rubrique mensuelle a pour but d'annoncer :
- les évènements (fêtes, expos, concerts, conférences...)
- les livres, les films
- les lieux (musées, sites internet...) concernant l'INDE à PARIS.
* Dimanche 3 septembre : FETE de GANESH :
- Lieu : 72, rue Philippe de Girard, M° Marx-Dormoy, La Chapelle.
- Heures : à 9h, début des cérémonies ; à 11h, début du défilé, qui empruntera les rues des quartiers : La Chapelle, Gare du Nord.
- R.V : à 10h50, en face du 72, rue Philippe de Girard.
- Infos sur : http://perso.orange.fr/temple.hindou/fetegan.htm
- Compte-rendu avec 36 photos dans ce blog.
* Dimanche 3 septembre : L'INDE MYSTIQUE (Film) :
- Lieu : La Géode, M° Porte de la Villette, Porte de Pantin.
- Heure : 20h30.
- Dernière séance le 3 septembre.
* CINEMA : WATER, film de Deepa Mahta, à l'affiche en septembre :
- Inde, 1938.
Un père réveille sa fille de sept ans, mariée, pour lui apprendre qu'elle est veuve...
* L'ART du TIBET, exposition, jusqu'au 19 novembre :
- Ville : Bruxelles (Belgique).
- Lieu : Musées royaux d'Art et d'Histoire, parc du Cinquantenaire.
- Horaires : Mardi à Dimanche : 10h à 17h.
- Exposition temporaire : de la collection Léon Verbert, avec 56 thang-ka (mandalas), des bronzes, des objets rituels, des instruments de musique.
- Entrée : 5 € plein tarif, 4 €, 2 €.
- Prolongation jusqu'au 19 novembre 2006.
- Infos : http://www.kmkg-mrah.be/newfr/index.asp?id=546
* Sam. 23, dim. 24 sept. : FESTIVAL CULTUREL du TIBET et des peuples de l'Himalaya.
- Lieu : Pagode du Bois de Vincennes, 40 route circulaire du lac Daumesnil, Paris 12ème. M° : Porte Dorée, Liberté. Bus : PC.
Parcours fléché à partir du métro.
- 23/09 à 20h30 : Concert pour la Paix avec Lama Gyourmé, accompagné de Jean-Philippe Rykiel et de nombreux artistes tibétains. Prix : 23 €.
- Forfait entrée/jour au festival : 3 €.
- Infos sur : http://www.tibet-info.net/festival/index.php
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Publié à 13:23, le 3/09/2006 dans S1. L INDE a PARIS (sept. 2006) |
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C'est la fête de Ganesh, le dieu à tête d'éléphant, à Paris.
Après un voyage en juillet-août en Inde, cette fête - dimanche 3 septembre 2006 - est une excellente transition à ma Vita Nova.
Elle se divise en deux parties :
- De 9h à 10h30-11h, les cérémonies au temple de Ganesh, 72, rue Philippe de Girard.
- De 11h à 15h, un défilé avec chars, arches, enseignes et musiciens dans les rues entre Marx Dormoy, La Chapelle et Gare du Nord.
Sous le porche et dans la cour du temple de Ganesh, les Tamouls sont majoritaires.
Des femmes en sari portent sur la tête une brassée de feuilles surmontée d'une coupelle de terre cuite, dans laquelle brûle du camphre :
D'autres portent une plante ornée.
Des hommes torse nu, en pagne blanc, testent le kavadi, une arche de bois bleu, décorée de tissus colorés, de feuilles et de fleurs, et de magnifiques plumes de paon. Avant le départ du défilé, on leur passera autour du cou une guirlande de fleurs.
A gauche dans la cour, un tréteau présente des corbeilles d'offrandes, à la vente, qui contiennent bananes, noix de coco, bâtons d'encens,...
Deux chars, où des idôles et un prêtre sont nichés, attirent fidèles et photographes :
Les fidèles présentent leur offrande au prêtre assis, qui leur marque le front, les bénit. Ce nabab expédie les affaires du Ciel avec talent :
Un prêtre debout l'assiste, transmet les corbeilles, tranche les noix de coco à la machette.
Je joue au photographe.
Quelques Occidentaux préfèrent jouer aux dévots hindouistes : un homme, le visage enveloppé d'un foulard jaune, et plusieurs femmes servent comme porte-enseigne. Eléphants, taureaux ou fleurs ornent les enseignes.
Les photographes s'en donnent à coeur joie. Certains appareils ont la longueur de la trompe de Ganesh. De plus, une équipe de télévision ou de cinéma s'organise en vue du défilé de 11h.
La foule est très dense, mais disciplinée. Deux ou trois hommes, dont un décapiteur de noix de coco, râlent pour un oui ou un non, râlent par besoin de râler, mais on ne fait guère attention à leur petite colère.
Je trouve les visages bien sérieux, en particulier celui des femmes, certains sont même renfrognés. N'est-ce pas la fête ?
Heureusement, je trouve des personnes assises derrière un char, qui chantent ensemble sous la direction d'un vieil homme à lunettes plein d'allant.
Je m'assieds parmi elles. Quelques musiciens arrivent peu à peu, s'installent, avec des tambourins, des crécelles, des coupelles métalliques et des castagnettes rectangulaires.
Moment de détente, à écouter les chants et la musique.
Puis je repars en quête de photos.
Des flambeaux portatifs, très utiles pendant le défilé, sont alimentés par des garçons.
Une femme en tunique rouge, une arche sur les épaules, danse devant un char, tente d'entrer en transe. Mais personne ne la regarde, et elle s'arrête.
Je passe et repasse devant les mêmes femmes, porteurs, enfants.
Est-ce la fête de Ganesh ?
Tout cela me semble un peu terne, trop sérieux. La joie qui m'habite rue dans mon corps pour trouver une issue. Les gens restent sur leur quant à soi. Aucune allégresse pour renverser les différences, créer des passerelles entre les personnes présentes, faire sauter les bornes du sérieux.
Pauvre Ganesh, ton peuple manque de folie mystique !
Soudain, des cris retentissent. Les porteurs ont formé une double rangée autour de leur corde. Et le premier char démarre, traverse la cour, sous le porche, tourne à gauche dans la rue Philippe de Girard.
Après avoir récupéré mes sandales, déposées sur le trottoir, je ne suis pas le convoi, qui très lentement remonte la rue vers la place de la Chapelle.
J'ai donné rendez-vous à des amis devant l'entrée du temple. Eric arrive une demi-heure plus tard. Nous passons le temps à boire un jus rose sucré et à manger le riz servis dans la rue à tout le monde.
Après une heure, mes autres amis étant toujours absents, nous décidons de rattraper le cortège. C'est chose faite après la place de la Chapelle.
Très vite, Eric n'arrive pas à me suivre, et nous nous perdons dans la foule. Je me glisse à l'intérieur du cortège, ce qui me permet de remonter jusqu'au second, puis jusqu'au premier char. Je retrouve successivement les chanteurs, les musiciens, les porteurs d'arche et les porteuses de flamme.
Je circule au milieu de la voie, comme il me plaît, remonte le convoi, ou me laisse dépasser par lui.
Quelques regards me vont droit au coeur.
Mais le Canon faiblit. Si j'économise la batterie, je peux espérer faire dix à quinze photos avant qu'elle me refuse tout service. Et je devrai quitter le défilé pour la recharger chez moi.
Peu avant le demi tour du convoi, des musiciens soufflent dans leurs instruments à vent, flûtes et nageshvaram, accompagnés de joueurs de tambours, ce qui donne un joyeux "jazz-band".
La foule est très dense. Certaines distributions mettent un peu de mouvement dans un convoi serein, très bien organisé.
Les Parisiens apprécient beaucoup ce défilé de Ganesh, empruntant les rues de "Little India".
Ma batterie est presque à plat, je vais devoir revenir chez moi. Auparavant, je prends mes derniers clichés.
Sur le trajet, des noix de coco ont été empilées en tas, à intervalles réguliers sur la chaussée.
Quand le cortège arrive à quelques mètres d'une réserve, des hommes empoignent les noix de coco, les jettent sur le bitume de toutes leurs forces. Elles éclatent avec un bruit sec, éclaboussent les photographes qui se précipitent pour fixer la scène.
Les fidèles offrent leur vie en offrande à Ganesh : leurs corps éclatent et leurs âmes jaillissent sur le trottoir...
La mort est une coque vide qui ruisselle de blancheur.
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 05:09, le 3/09/2006 dans R. FETE de GANESH a PARIS |
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Il y a deux mois j'ouvre un blog à Delhi.
Ces deux mois ont été magnifiques.
De l'avenir, je n'attends rien.
Le présent me suffit.
Comme dans l'Himalaya, je respire avec bonheur.
J'ai goûté à la liberté
je ne saurai plus m'en passer.
La naissance d'un écrivain se fête !
J'ai deux mois, un âge idéal pour écrire, non ?
A sa naissance, Siddharta - le futur Bouddha
fait sept pas et proclame :
"Je suis le premier et le meilleur !
Je viens mettre un terme à la souffrance
à la maladie et à la mort !"
Moins précoce, j'attends 44 ans pour annoncer :
"La mort n'a aucune importance.
Il faut rêver sa vie, vivre ses rêves !"
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 04:56, le 3/09/2006 dans Q2. FAIRE PART de NAISSANCE ELECTRONIQUE |
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Paris-sur-Seine est ma ville préférée en ce monde.
J'ai la chance d'y habiter.
Ne croyez pas ceux qui prétendent que Paris est invivable !
J'en rigole chaque matin en me brossant les dents...
Mais à Paris, je campe.
Psychiquement, je suis relié à l'Asie.
A l'Inde d'abord, dont la connaissance progressive m'enchante.
A la Chine, que je rêve de découvrir un beau jour.
Paris, l'Inde, la Chine : telle sera ma triade spirituelle dans quelques années.
Présentement, à Paris, je campe.
Je vais accrocher au mur deux magnifiques mandalas.
Je vais reprendre mon travail de professeur d'histoire, retrouver des élèves.
Cela me fait sourire.
Que vais-je leur raconter à tous ces éphémères ?
L.B.
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Publié à 04:53, le 1/09/2006 dans Q1. A PARIS, je CAMPE |
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De PASSAGE à DELHI
Me voici de nouveau à Delhi
dans les rues grouillantes de Paharganj
ce dimanche je marche au soleil et déclenche
une myriade de "Excuse me !"
celui-ci veut me transporter en taxi
n'importe où - ou nulle part
celui-là veut me vendre du hasch
un autre se vendrait pour quelques roupies
je n'ai pas l'âme tendre, pour tous :
le livre des délits et des peines !
Aux dealers, ces poulets maléfiques
je tordrai volontiers le cou...
Me voici de nouveau à Delhi
parmi une nuée d'Occidentaux
avides de dépenser leurs roupies
pour des fringues spécialement fabriquées
de piètre qualité, mais rémunératrices
ces délirants déguisés sont démangés
par des piqûres d'insectes
par des troubles du sommeil
leur peau est délicate, mais le remords les délite
Me voici de nouveau à Delhi
j'ai le coeur en bataille et l'âme ouverte
tous ces groupes d'humanoïdes en délire
troupeaux que l'on mène
tantôt à la mangeoire, tantôt à l'abattoir
les égoûts déversent leur puanteur
j'entends le souffle des maudits de Delhi
geindre sur des lits de souffrance, d'agonie
survivre est doux parmi tant de misère
Me voici de nouveau à Delhi
les écrans reflètent une lumière froide
dans les cyberboutiques, où certains passent leur vie
Pourriez-vous me donner l'heure
à Tel-Aviv ou à Hong-Kong ?
à New-York, à Paris ou à Johannesburg ?
les heures glissent à l'envie sous les souris
la nuit protège les cruxifiés du temps
En esprit je salue la Solitude
qui me sourie
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 04:49, le 28/08/2006 dans P. De passage a DELHI |
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SHRAVANABELAGOLA
ou
l'ART des JAINAS (I)

Si je dis Jaisalmer ? Ou Shravanabelagola ? - Silence...
Si je dis : Ranakpur ? Mount Abu ?
Ceux qui ont voyagé dans le Rajasthan s'agitent : "Les Jaïnas !"
Exact ! Mais la liste peut se prolonger avec : Gwalior, Sonagiri, Khajuraho, Mandu... sans compter l'Inde du sud...
Les temples jaïns sont admirables. Les souvenirs de 2003, associés à ceux de 2005, sont assez vifs pour m'inciter à commencer ce texte.
L'amour des Jaïns pour leurs temples est une évidence, même pour un novice. Avant 2003, je ne connaissais rien du jaïnisme. Cette découverte a été l'un des chocs inoubliables de ce premier voyage.
La beauté ne peut s'expliquer, elle est.
Mais après l'avoir croisée, on peut en prolonger le souvenir en y songeant, même des années plus tard. Et écrire en son honneur des écrins de mots, dont les poèmes sont les plus subtils.
Au Karnataka en 2005, j'ai découvert SHRAVANABELAGOLA.
"L'Ermite du lac blanc" peut se visiter selon trois axes :
- La colline principale, celle de la statue. La plupart des touristes s'en contentent.
- L'autre colline, aussi intéressante, en réalité.
- La ville, qui fourmille de temples, monastères, et autres curiosités.
Je fais la grimpette de la colline Vindhyagiri (j'ai dû être une chèvre dans une vie antérieure). En s'élevant peu à peu pieds nus par l'escalier, une rampe interminable tout en zigzags, on repère tous les sites à visiter plus tard : sur l'autre colline et dans différents quartiers de la ville. Le grand bassin est un bon point de repère.

Une sorte de plan grandeur nature apparaît. Voilà ce que c'est que prendre de la hauteur ! (d'ailleurs, ni l'office du tourisme, ni personne ici n'a de plan).
La première enceinte fortifiée débouche sur un monastère abritant plusieurs statues de saints jaïns.

Temples, pavillons et oratoires sont éparpillés à flanc de colline.

J'allais dans l'allégresse d'un pavillon à un temple, d'une haute colonne à un rocher, d'une sculpture à des lichens d'un mauve délicat.
Un grand rapace passa deux ou trois fois au ras du sol, décrivant d'amples courbes dans l'espace.
Comble de chance, j'étais presque seul, car ce flanc de colline vers l'Ouest s'écartait de la montée principale.
Exaltation du chasseur d'images, dans la beauté de la nature et des oeuvres d'architecture.

L'un des temples est de pur style dorien, sans doute venu directement du Péloponnèse, parachuté par Parthénon Airlines, pour se planter en terre indienne !
Retour à l'escalier central. Depuis la ville, des porteurs permettent aux malades, aux personnes âgées, ou aux fatigués de naissance d'accéder jusqu'au temple du sommet.

Montée jusqu'à la seconde enceinte après le franchissement de plusieurs arcs et portes.
Etrange... La tête de Bahubali, le saint jaïn, dépasse de la muraille du temple supérieur !

Autre surprise, en entrant dans la cour du temple, la statue est prise d'assaut par des échaffaudages, grimpant jusqu'à son sexe...

Comme dans "Les voyages de Gulliver", à son réveil le héros se retrouve ligoté par l'activité des Lilliputiens. En fait, comme tous les 12 ans, on va laver entièrement la statue du premier Tirthankar en signe de purification. Dans quelques jours, les échaffaudages atteindront la tête.
Sous la galerie, des dizaines de statues de tirthankars trônent dans l'obscurité, tandis que dans la cour les fidèles prient, orientés vers l'énorme statue blanche.

Une douzaine d'ouvriers complètent le réseau complexe des échaffaudages.

Dans la cour, des ouvriers s'activent au milieu des pierres sculptées, puis lavent des gamelles. Je remarque une famille de Jaïns en prière.

Le père montre les rites à son grand fils, lit dans son livre grand ouvert, tandis que la mère chantonne, approuve de la tête.

Avant mon départ, j'assiste au décompte de l'argent versé dans les troncs par les donateurs.
Deux soirées de suite, je photographie de somptueux couchers de soleil, non pas roses comme à Hampi, mais jaunes, oranges, bleus cobalt avec d'étranges mélanges de couleurs.

A chaque fois, je descends de la colline avec un optimisme à son zénith, impatient du lendemain.
L'autre colline, Chandragiri, est moins haute, mais accueille un monastère dont l'enceinte regroupe 14 temples.

Dès le porche d'entrée, le spectacle est superbe : deux colonnes jaillissent du sol pour symboliser la verticalité du lieu, quatre temples sont accrochés à la roche, de ravissants pavillons abritent des stèles, et une statue de Tirthankar, à laquelle manque les jambes, s'appuie sur un tas de cailloux.
Parmi les quatorze temples, mon préféré est le Chavundaraya, un exemple d'architecture Ganga du Xeme s. C'est un observatoire idéal.

Depuis sa terrasse, la vue est superbe sur le site, les collines et les vallées environnantes.

Sculpture du toit du temple Chavundaraya.
Des nonnes jaïns en toges blanches, passent de temple en temple, un balai de plumes de paon à la main.
Des ouvrières transportent des gravâts dans une corbeille en équilibre sur leur tête à travers ce chantier perpétuel.

Pendant que les ouvriers font leur pause repas, je monte sur la muraille pour photographier la vallée, d'où remontent les "tap-tap" des lavandiers, qui travaillent au bord d'un étang.

Alors que je visite les derniers pavillons et temples, ma batterie clignote, puis me lâche. Cela tombe bien car au bout de cinq heures de visite, je suis affamé.
En ville, entre les deux collines, plusieurs temples sont proches de la place principale :
- Le Mangayi construit vers 1325, dont la structure est très simple. Autour, des cabanons où logent des nonnes jaïns. Un Jaïn entièrement nu, tenant une grosse théière et un balai, nettoie devant lui, puis entre dans le temple en chantonnant.
- Le Bhandari, du XIIeme s, dont le porche d'entrée est égayé de guirlandes de drapeaux multicolores, suite à une fête sans doute.

A l'intérieur, on croirait des décorations de Noël !
A la sortie, un Jaïn nu ("habillé de Ciel") passe dans la rue et entre dans une maison qui donne sur la place.

- De l'autre côté de la place, un temple magnifique, possède une entrée encadrée de dorures.

Son intérieur est chaleureux grâce au plancher de bois, à une verrière zénitale, aux nombreuses sculptures et fresques.
De vieilles fresques couvrent les murs comme des bandes-dessinées multicolores.

Elles racontent l'histoire des Jaïns avec des détails savoureux sur leur vie quotidienne, les travaux des champs, les loisirs comme la chasse, ou sur les grandes réunions.

Portes, colonnes et sculptures sont superbes.
A suivre...
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 05:35, le 26/08/2006 dans O. SHRAVANABELAGOLA, L ART des JAINAS (I) |
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La MOUSSON
çA MOUILLE et ÀpRèS ?
Quand il pleut des heures, quand il pleut des jours, vous vous dites : c'est la mousson, ainsi va l'été en Inde. Il faut s'y faire...
Je réponds, non ! Je ne veux pas m'y faire ! Je refuse l'acceptation de l'inévitable !
La flotte, je l'ai subie pendant les six jours passés à Dharamsala. Pas un septième !
Ce septième jour, j'arrive à Rishikesh... mais la mousson aussi...
En sortant d'un cybercafé, je constate qu'il pleut des cordes, des hallebardes, à verse, comme vache-qui-pisse, un vrai déluge... J'ai failli revenir me réfugier en face d'un écran d'ordinateur. Typique, non, cette facilité cybernétique ? Quand la pluie vous hérisse le poil, bienvenue dans le cyberespace ! J'avais lu deux mels, répondu à l'un. L'autre pouvait attendre...
Mieux vaut affronter l'orage. Le temps de rentrer à l'hôtel je suis trempé. J'adore les douches, celle-ci autant qu'une autre.
Pourquoi apprécions-nous moins les douches publiques, offertes gracieusement par l'atmosphère ?
Ecrivons donc sur la pluie ! C'est la vengeance d'un aquaphile. Les grondements de l'orage ne l'empêcheront pas de jouir en écrivant. De la terrasse de l'hôtel, je regarde un rideau de pluie, doublé d`un rideau de brouillard.
Ouvrons les rideaux...
A quoi bon continuer à fuir ? La vitesse des trains et des bus en Inde est si faible que la mousson finira toujours par me rattraper ! Puisqu'elle me tient, je peux la tenir comme sujet d'écriture.
Restons assis devant cette table de jardin, écrivons.
En Inde, j'aime de plus en plus rester béatement sous la pluie. La température étant chaude, voire tiède, la pluie sèche vite. On ne ressent pas comme dans les pays tempérés cette désagréable sensation de froid, d'humidité qui se prolonge, à moins d'un séchage vigoureux.
Et puis la mousson est vraiment bénie des dieux.
Comment se réfugier dans son confort d'individu, coupé des forces élémentaires ? La pluie dégouline sur nos corps, la pluie nous traverse, elle nous irrigue, nous renouvelle, balançons nos vêtements dans le ciel ! Osons prendre une douche nus, en public, comme si nos salles de bain de cosmonautes bourrés de cosmétiques étaient envoyées dans le cosmos pour un voyage sans retour !
Voyez dans les films indiens, les saris mouillés par la pluie révélant par transparence la plastique himalayenne des héroïnes. Comment un spectateur sensible pourrait-il en vouloir à la pluie ?
Tout le monde en rêve, mais personne ne l'ose.
Remédions à ces inhibitions et cassons les salles de bain !
Quand la pluie commence, sortie immédiate comme Dieu nous a fait, avec savon ou shampoing, pour les plus cradingues.
Prendre une douche à poil sous la pluie quel bonheur ! Si ce bonheur est partagé, tant mieux !
Le parapluie est une invention inutile. S'il pleut quatre fois dans la journée, prenons quatre douches ! Des idées d'écriture me viendront en voyant tous ces gens se réjouir sous la pluie.
Les limaces, les escargots en profitent. Les plantes s'en délectent, s'ouvrent, accueillent cette eau divine. Et nous serions les seuls êtres de la Création à faire la grimace, à ronchonner ?
La mousson ça mouille, et après ?
Profitons de douches gratuites, offertes par le Ciel pour décrasser nos épidermes poussiéreux, nos cuirs de rhinocéros, quelque peu inhibés.
Et tout en chantant sous la pluie, vous me bénirez pour cette chronique.
P.S : Comment écrire avec papier et stylo sous une averse ?
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 08:23, le 25/08/2006 dans N. La MOUSSON, ca MOUILLE |
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DHARAMSALA
ou
la ROUE du TEMPS

Tenzin, jeune femme tibétaine, suit des cours le matin et l'après-midi s'occupe de l'accueil du Musée de la Culture tibétaine, où je l'ai rencontrée. Notre conversation en anglais se prolonge deux heures.
J'avais passé la matinée au sud de Mac Leod Ganj dans l'enceinte du Temple principal. Le Temple Kalachakra (La Roue du Temps) me plaît immédiatement. Je m'y assieds pour admirer les fresques murales illustrant la vie de Bouddha et la Roue du Temps. Celle-ci tourne sans défaillance, comme l'abat-jour circulaire du Temple, grâce à la combustion d'une bougie.
Combustion d'une bougie : vie humaine, brève vapeur.

Pendant ce temps, des moines bouddhistes en tunique pourpre entrent dans la salle principale, s'asseyent sur d'épais coussins posés sur le sol. Une petite chaise ou un meuble-bas soutiennent les manuscrits devant eux. Certains moines portent des cheveux courts, d'autres sont carrément rasés. Une étoffe orange est jetée par-dessus leur épaule. Ils psalmodient à mi-voix en lisant leur manuscrit sans s'occuper de l'entourage. Beaucoup se balancent légèrement d'avant en arrière. Peu à peu, ils marmonnent plus fort, entrainés par le flux de prière. Avec une quarantaine de moines, cela fait monter le niveau sonore du Kalachatra. Presque tous se balancent en cadence.

Je sors récupérer mes sandales, fais tourner les tambours à prières, attentif à n'en oublier aucun.

Leur dorure est patinée par l'usage.
Le balcon offre une vue sur la vallée, complètement bouchée par un brouillard presque solide. A frustrer un photographe amateur de beaux paysages.
A côté, on peut voir dans la chapelle principale, assez récente, de grandes statues bouddhiques.


Des claquements de mains m'en font sortir très vite. Ce sont les moines du monastère, qui s'exercent sous les portiques à débattre de philosophie bouddhique.

Je m'assieds dans un coin de la galerie. Des nappes de brume s'infiltrent partout, la vision diminue à vue d'oeil... Où sont les moines ? Je les entends discuter, claquer des mains - vision fugitive de taches lie-de-vin par des trouées dans l'épais brouillard...
La Roue du Temps tourne...
Sonné, je sors du Musée du Tibet comme un automate.

Les atrocités de l'armée chinoise palpitent dans mon cerveau avec une féroce précision. Il pleut comme vache-qui-pisse, tant mieux ! cela fera baisser ma température.
VIVE LE TIBET LIBRE !
Capuche rabattue, je fonce sous le déluge. Il suffit de descendre vers Dharamsala pendant une vingtaine de minutes, comme un torrent.
Mon but est Gangchen Kyishong, où sont regroupés les bâtiments du Gouvernement du Tibet en exil.

J'y arrive trempé.
Déjeuner à l'intérieur du Nechung Cafe, je ne suis pas tenté par la terrasse. A 14h, le Tibetan Cultural Museum rouvre.

Après une demi-heure de visite, j'engage la conversation avec Tenzin, car nous nous sourions à chaque fois que je passe près de son bureau. Très vite, elle m'invite à m'asseoir, puis elle m'offre un thé. Deux heures passent en éclats de rires, en discussions échevelées. Son français n'est pas fameux. Mais je persévère avec : "Merci beaucoup pour le thé !"
Je regarde ma montre : 16h45 ! Je m'excuse, promets de revenir le lendemain et file au monastère Nechung, en contrebas de la Library.

Deux lions sculptés encadrent l'entrée du temple du monastère.


Photos. Une petite Tibétaine voudrait que je la photographie. Assis sur un muret, je nous photographie.

Cela peut aller... Un chien assiste à la scène, qui semble l'intéresser, puis s'allonge.
Quand j'entre dans le Temple, les deux ou trois visiteurs sont repartis. Sur le seuil, un jeune moine est penché sur une pendule de table. D'après ma montre, cette pendule retarde. Vais-je lui indiquer l'heure ? Mais le moine consulte sa montre, puis manipule la pendule. Je me contente d'entrer, de m'asseoir en silence sur un tapis de sol. Sur les tapis ou sur le sol, des instruments de musique sont éparpillés. Il ne manque que les musiciens.
Et je les imagine, de pourpre vêtus : ils s'asseyent sans remarquer ma présence, commencent un concert improvisé. En fermant les yeux, on entend mieux l'itinéraire des mélodies, l'enchaînement des parties...
Dans le silence retrouvé, des cris d'oiseaux, qui tournoient à coeur joie au-dessus du monastère, percent. Et le moine ? Il regarde sa montre, farfouille derrière la pendule. Un horloger lui serait utile. Nulle envie de parler, de lui parler.
A la sortie du Temple, surprise : le ciel s'est éclairci. Trouée bleu ciel, très claire, qui ravive cette fin d'après-midi.

En contrebas, l'allée dessert les logements des moines. Pour l'heure, ils s'occupent à débattre par groupes de deux ou trois.

Chacun s'exerce, rode ses arguments, affine sa dialectique, ponctue ses phrases en claquant des mains avec ostentation. Ce geste tient une grande place dans leurs discours. On dirait parfois des joueurs de tennis, préparant avec jubilation un service, de préférence un ace... La frappe des mains importe beaucoup, le mouvement doit être juste, élégant, aboutir à un claquement incisif. Un coup de menton l'accompagne souvent, signifiant : "Que penses-tu de ceci ? Pas mal, non ? Fais mieux si tu peux !" Mais le moine ne réussit pas un ace à chaque fois... La joie est palpable. Les sourires s'échangent avec facilité. Un interlocuteur peut faire une moue peu appréciative. Et le moine trouve un nouvel argument, balance des épaules, écarte les doigts, se persuade d'avoir trouvé l'idée-massue qui va écraser définitivement son contradicteur.
Les groupes se défont, se reforment différemment, les arguments reprennent, légèrement modifiés. Les moines débattent. Leurs tuniques pourpres s'agitent dans l'allée avec de grands mouvements de manches et de bras, comme des échassiers qui prennent les derniers rayons du soleil couchant.
Au Musée, j'ai discuté avec Tenzin à propos de mandalas. Avalokiteçvara, le bodhissatva de la Compassion, possède onze têtes, pour mieux voir toutes les souffrances de ce bas monde. Quelle optimisme !
La Roue tourne... Tenzin, je suis persuadé que les Tibétains vont retrouver leur liberté. La démocratie est en marche.
Dans deux ans, je veux voyager en Chine. J'espère que d'ici 2008 de grands évènements auront commencé leur oeuvre.
Lionel Bonhouvrier.
DROIT D'AUTEUR :
Les textes et les photographies présents sur ce blog http://inde.uniterre.com sont protégés par le droit d'auteur et les droits de propriété intellectuelle.
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Le non-respect de cette interdiction constitue une contrefaçon pouvant engager la responsabilité civile et pénale du contrefacteur.
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Publié à 08:08, le 23/08/2006 dans M2. DHARAMSALA ou la ROUE du TEMPS |
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POèMe du TeMpS QUaLiFié
Ceci est un hymne au temps qualifié
un chant d'amour à l'univers
ne croyez pas ceux qui redoutent la mort
la mort est une énigme provisoire
qu'il faut savoir sauter à pieds-joints
sur la marelle d'une existence
Vivre libre est un cadeau que le Temps propose
beaucoup n'écoutent pas
trop attachés à leur servitude
Vivre libre est un cadeau que le Ciel délivre
à l'aurore, aspergeant de rosée chaque être
avec une magnanime abondance
Le sommeil est renaissance
au réveil, l'univers a fait peau neuve
la certitude de l'aurore
c'est Dieu créant le monde à chaque instant
comme une aurore perpétuelle
Le temps qualifié par la Joie - au travail
est le chemin
il murmure aux êtres attentifs à la réalité
de leurs rêves un message secret
délivré aux initiés que la liberté exalte
Plus pure sera la ligne spirituelle
plus profonds les poèmes
inventés dans l'extase à la verticale de l'être
polarisés par le Métronome
dont la danse de vie et de mort
donne le vertige aux fourmis humaines
Qui redoute l'Energie n'est jamais né
zombie parmi les êtres sans consistance
hante les limbes
non cet univers d'amour et de meurtres
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 13:51, le 20/08/2006 dans L2. POEME du TEMPS QUALIFIE |
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VIVE le TIBET LIBRE !

Frères Chinois, méfiez-vous du nationalisme !
Le Tibet n'est pas la Chine !
La Chine n'a pas besoin du Tibet pour vivre.
Les Chinois ne seront pas libres
tant qu'ils écraseront les Tibétains.
Frères Chinois, renversez vos oppresseurs !
Rendez la liberté aux Tibétains
persécutés, torturés, forcés à l'exil
minoritaires dans leur propre pays...
Les Chinois sont un grand peuple
veulent-ils continuer à opprimer les Tibétains ?
Que le peuple chinois se réveille !
Les gouvernements communistes ayant exterminés
1.200.000 Tibétains
sont des usurpateurs du peuple chinois.
Frères Chinois, combattez ceux qui prétendent
que la DEMOCRATIE n'est pas pour vous :
ce sont des ennemis du peuple chinois !
Car la démocratie vous appartient :
PRENEZ-LA !
Que peuvent des usurpateurs contre le peuple ?
N'ont-ils pas assez duré
ces gouvernements à l'idéologie préhistorique ?
Balayez-les !
Envoyez-les aux oubliettes de l'Histoire !
J'en appelle à la France, mon pays
j'en appelle aux Etats-Unis d'Amérique
j'en appelle à tous les peuples libres
qui ont su en leur temps
renverser leurs gouvernements d'oppresseurs :
BOYCOTT des JEUX OLYMPIQUES de 2008 !
Que tous les peuples libres agissent
contre un gouvernement d'oppresseurs !
VIVE le TIBET LIBRE !
Que je meurs de honte
si la France cautionne les Jeux
Olympiques de Pékin.
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 05:01, le 20/08/2006 dans M1. VIVE le TIBET LIBRE ! |
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SIGNES
D'INDIANITÉ
A Rudyard Kipling.
Si cinq semaines sans viande vous convient
quand l'eau remplace le papier hygiénique
si vous quittez une chambre pour la belle-étoile
quand l'Inde vous démange le stylo
si vous rêvez de vous réincarner en ventilateur
quand la Roue du Temps vous parle de Destin
si vous vous accroupissez pour pisser
quand les retards des trains, des bus importent peu
si la France, vue d'Asie, rétrécit
quand l'indifférence des vaches vous indiffère
si l'alcool, le tabac, les drogues vous répugnent
quand les mendiants ne vous donnent plus de remords
alors, vous vous indianisez - mon Frère !
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 08:47, le 19/08/2006 dans L1. SIGNES D'INDIANITE |
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ANiMaLeRies

Frise animalière sculptée
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SINGERIES

Point de vue à Hampi (Karnataka).
Singes ! La nourriture d'un homme vous tente ? Choisissez l'attaque surprise avec repli immédiat après le rapt du butin. Réussite assurée, sans compter la joie de déguster bananes ou autres friandises.
L'an passé du côté de Badami, j'attendais sur un quai de gare avec des biscuits. Un singe se laissa glisser du toit, attrapa mon paquet et grimpa sur son perchoir. Nulle parade possible à cette opération commando !
En août à Rishikesh, j'étais dans la salle-de-bain, quand un singe entra par la porte ouverte de ma chambre, saisit un sachet de bananes, fila sur la terrasse. Je le poursuivai mais il bondit sur un arbre et disparut.
En revanche, un singe attaquant frontalement un homme court des risques. Début août, je traverse à pied un des ponts de Rishikesh, un sachet de bananes accroché au guidon de mon vélo. Quand un singe, après des cris d'intimidation, se jette sur le sachet. Il se déchire mais reste accroché au guidon. Aussitôt, je crie, saute du vélo, prêt à tordre le cou de mon agresseur. Obligé de reculer, il renonce à mes bananes. Mais si j'avais eu un baton, Maître Singe aurait passé un sale moment...
Aussi, amis-singes, préférez la ruse, avec attaque-surprise. Cela marche, sans coup férir.
Un singe ne peut résister aux bananes. Ce n'est pas du vol, juste la vérification d'une loi physique.
Chaque nuit, les bananes rêvent de ne pas se faire éplucher. Mais l'existence des singes rend ces rêves quelque peu dérisoires...
2
VACHES, BUFFLES, ZEBUS...

Boire un petit coup est agréable !
Quand on débarque en Inde, on ne voit que des vaches. Avec davantage d'expérience, on ne remarque même plus leur divine présence...
Au début de mon premier voyage en Inde, j'ai vu à Delhi trois vaches se coucher au-milieu d'une voie-express, n'y plus bouger, se prélasser avec une indifférence bouddhique - parmi un trafic démentiel.
Malgré l'agression des klaxons, les odeurs d'essence brulées, malgré la chaleur insoutenable, elles restèrent en terrain conquis, jusqu'à ce que je m'en aille, ébahi et rêveur.
Certaines villes ont pris des mesures écartant les vaches, comme Bombay (au moins dans certains quartiers) ou Chandigarh, de façon radicale. Au bénéfice de la circulation automobile et cycliste.
Les vaches, mêmes sacrées, doivent-elles être les perturbateurs de la circulation urbaine ?
Vaches sacrées, auxquelles les citadins semblent fort indifférents. J'ai vu deux ou trois fois un Indien frapper une vache avec un bâton. D'autres les nourrissent. La majorité les ignore.
Nettoyeurs des rues, les vaches mangent peaux de bananes, restes alimentaires, journaux... Elles broutent l'herbe des fossés, déambulent au ras des étals, pour grapiller un fruit ou un légume tombés ou pourris. Une audacieuse puise directement dans un sac de cacahouettes, puis croque une pomme. Le commercant prend un bâton pour punir Madame sans-gêne...
Quand on marche de nuit dans une obscurité quasi-totale, il est fréquent de se heurter à une vache, couchée ou endormie sur la chaussée.
Les hommes préfèrent les trottoirs, ou bien s'allongent sur les bancs.
Puissants, les buffles noirs sont les animaux de trait idéaux.
Souvent, ils tirent une charrue dans les champs, ou des charriots par les chemins, des troncs d'arbres. Ce sont de parfaits tracteurs.
La variété des formes de leurs cornes me passionne.
En arc de cercle, au point que les deux cornes se touchent presque. Ou avec des cornes divergentes...
Par grande chaleur, ils se baignent dans l'eau et dans la boue, qui protège leur peau. Des oiseaux, aigrettes ou corbeaux, picorent les vers de leur cuir, pour le plus grand profit de chacun.
Au sud de l'Inde, les cornes des zébus sont peintes en rouge, en orange, toujours de couleurs vives. Des dessins, des rubans colorés les ornent. Cela égaie la vie quotidienne de leur propriétaire comme des passants.
Dans les hautes montagnes de l'Uttaranchal, les bus klaxonnent constamment, car les routes en lacets sont étroites. On ne sait si un véhicule arrive derrière un virage en épingle à cheveux.
Effrayés par les klaxons, veaux et génisses piquent un sprint droit devant. Ils risquent de percuter un véhicule arrivant en sens contraire ou d'être fauchés par le bus, à cause d'un écart imprévisible du à la panique.
3
ÉLÉPHANTERIES

Bénédiction par l'éléphant d'un temple de Maduraï (Tamil Nadu).
L'éléphant est l'animal du temple hindou par excellence.
J'ai assisté plusieurs fois au bain de l'éléphant du temple principal de Hampi. Le cortège jusqu'à la rivière est solennel, nécessite des musiciens, un haubois corne l'arrivée de Sa Majesté l'éléphant, les enfants se réjouissent, courent dans tous les sens, les adultes retrouvent le sourire...
Sa Majesté entre dans l'eau, c'est un spectacle ! Le cornac guide la bête, la couche, et étrille son cuir avec application. Il propose à des volontaires de frotter Sa Majesté, il y en a toujours, et le bain se prolonge à plaisir. Le bain se répète plusieurs fois par jour. L'éléphant de Hampi est le plus propre de toutes les Indes présentes et à venir !
Dans le sud, l'éléphant continue à transporter des troncs d'arbres, à servir de tracteur, à participer aux travaux de la vie rurale. Personne ne s'incline devant lui pour présenter son front à sa bénédiction.
L'éléphant transporte aussi des touristes sur de brefs parcours, par exemple entre le bas d'une forteresse et l'entrée, dans plusieurs villes du Rajasthan. La promenade se paye au prix fort.
Certains s'imaginent alors être un maharajah, au début d'une chasse au tigre...
4
COMME CHIENS ET CHATS

Plage de Mamallapuram (Tamil Nadu).
Je n'ai pas grand chose à dire des chats. J'en croise rarement en Inde.
Les chiens sont beaucoup plus fréquents. Dans les hautes montagnes, on rencontre des Saint-Bernard, ou des chiens à longs poils.
Ailleurs, les chiens sont maigres, la tête affutée, de couleurs indéfinies. On dirait qu'à force de métissages, les races ont fini par donner un type standart de bâtards.
La plupart des chiens sont prudents, ne fréquentent pas les hommes de trop près. Par amour pour leur épiderme, je suppose.
De caractère paisible, ils ne ratent pas une occasion de flemmarder.
Je suis tombé sur des exceptions.
Comme à Chandigarh, ou un chien m'agressa sans raison, aboyant hargneusement, me bloquant le chemin.
Deux autres chiens, une femelle et un autre mâle, étaient présents. Peut-être étais-je victime d'un bizutage anti-humain !
J'ai fini par m'en débarrasser au culot, avec force cailloux, déterminé à lui faire quitter le terrain. Non sans mal...
À Mac Leod Ganj, la nuit d'août est peuplée de cris de chiens, les aboiements retentissent, se répondent, en déclenchent d'autres, et ces concerts nocturnes se prolongent des heures.
Tranquilles le jour, les chiens s'agitent la nuit, hululent, rivalisent de nervosité.
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 08:07, le 17/08/2006 dans K. ANIMALERIES |
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ÉNIGME AU TEMPLE D' OR
D' AMRITSAR

Au bord du bassin du Temple d'Or, je médite debout, ayant oublié de m'asseoir, quand un homme m'aborde en anglais.
- "Que faites-vous face au Temple d'Or ?"
-"J'hésite entre plusieurs idées pour écrire un texte à propos d'Amritsar. Pourquoi pas un texte de science fiction ? Ou bien un long poème épique sur la saga des Sikhs depuis cinq cents ans. Mais je manque de connaissances, je ne peux encore écrire un tel poème. Troisième idée : un récit superposant le Temple d'or d'Amritsar avec des lieux de Venise, notamment la piazza San Marco..."
-"Je me doutais d'une chose de ce genre", continue le Sikh avec un sourire de triomphe, "Pour vous tirer de cette indécision, voici une énigme. Avez-vous remarqué les dessins géométriques du pavement autour du bassin ?"
-"Franchement, non ! J'ai plutôt le nez en l'air. Je ne remarque ce genre de choses qu'en dernier..."
-"Eh bien, je vais vous faire gagner du temps. Une vieille légende prédit que celui qui déchiffrera tous les labyrinthes dessinés sur le pavement du Temple d'Or deviendra notre Guru. Cela vous tente-t-il ?"
Il avait un petit air "Mephisto", mon questionneur barbu, mais j'ai toujours eu un faible pour les énigmes.
-"Vous m'intéressez. Mais j'aurai besoin d'aide. Je suppose que dans ce domaine vos recherches sont fort avancées ?"
- "Bonne supposition. Je travaille sur ce sujet depuis 1989. Ma documentation devient considérable. Mais plus j'avance, plus j'ai conscience de mon ignorance. Surtout, il me manque la Grâce !"
-"Vos paroles me touchent au coeur. Comment dois-je débuter ?"
-"Acceptez-vous le défi ?"
-"J'accepte ! Mais je ne connais rien dans le domaine des dessins et labyrinthes du pavement..."
-"Vous apprendrez vite ! Il vous faudra rester quelques jours pour vous plonger dans la recherche. Le pouvez-vous ?"
-"J'ai le temps. Commençons tout de suite !"
Il me prend par la main, me conduit jusqu'à un labyrinthe situé au bord du bassin, côté Est, près du ghat d'ablution.
-"Regardez ! Que remarquez-vous ?"
-"Des carrés dans des croix. Cinq croix contenues dans un grand carré, limite du mandala. Les croix sont reliées par des axes horizontaux et verticaux. Lignes noires sur fond blanc."
-"Ce n'est pas mal pour une première approche descriptive."
-"Merci pour le compliment. Zéro pour l'approche explicative..."
-"Cela viendra en son temps. J'accepte de vous prendre comme élève, le temps nécessaire à votre émancipation."

Une aventure commence.
Mon maître me fait quitter le dortoir pour étrangers situé en bordure du Temple d'Or, pour une chambre à l'intérieur de l'enceinte. Même en dormant, je me rapprochais du coeur du Temple d'Or.
Mais les nuits, de plus en plus courtes, peuplées de labyrinthes sacrés, avaient le goût acre, le tempo limpide des chasses au trésor de l'enfance.
Dans le Temple d'Or, le temps est rythmé par les chants accompagnés de tablas, de pianolas ou d'harmoniums, d'une basse continue comme le tambura, et les micros portent les sons dans les moindres recoins de l'enceinte.
Les jours filent comme des étoiles-filantes.
Les nuits offrent leur infini spacial, dans leurs constellations je déchiffre des mandalas, des labyrinthes. Pendant que le soleil monte, descend, remonte, j'apprends les lignes, les formes, la géométrie sacrée des Sikhs.



Gourav parle très peu, se contente d'un mot, d'une indication. Ensuite, à moi de me débrouiller.
J'ai accepté un habit pendjabi, pour passer presque inaperçu quand je vais et viens dans les longs couloirs du Temple. Mais pas question de me laisser pousser la barbe, les cheveux, ou de porter le kirpan, un sabre, que je ne mérite pas.
En revanche, me plonger dans le Guru Granth Sahib, la Bible des Sikhs, est nécessaire pour mes recherches en symbolique. Après avoir photographié tous les dessins géométriques situés au bord du bassin sacré, je m'exerce à les dessiner sur de grandes feuilles fournies par Gourav, heure après heure, de nuit comme de jour. Il me regarde faire, mais ne fait guère de commentaire. De temps en temps, il hoche la tête.
Jour après jour, l'énigme me poursuit.
Sais-je vraiment ce que je cherche ? J'en doute, dès que j'essaye d'être lucide sur ma situation. Mais à quoi bon ?
Je n'ai pas le temps pour le doute, le travail est là, qui n'attend pas. Je suis dans le travail comme un ver dans le fruit. J'y creuse des galeries de plus en plus profondes. Sans doute est-ce la seule manière de vivre.
Joie. Joy. Freude. Alegria. Gaudio. Radost. il faudrait continuer cette liste dans toutes les langues du monde. Et porter son flambeau au coeur des ténèbres. La Joie me transporte d'un labyrinthe à l'autre, elle me guide dans leurs méandres obscurs, je ferme les yeux et le chemin s'éclaire vers la sortie la plus proche, vers la seule solution possible. Et quand je désespère, la Joie soulève ses voiles et me donne la clé.

Pour me détendre et me défendre, je récite à voix haute les poèmes de Kabir. Les Paroles de ce tisserand mystique de Bénarès tissent un véritable fil d'Ariane, sauvegarde contre le Minotaure du doute et du découragement. Elles orientent l'indifférence stellaire des espaces infinis vers une théorie de joie exubérante, avec choeurs de hautbois.
Aujourd'hui, je suis prêt pour l'Epreuve. Il me tarde de Combattre et je regarde avec envie les sabres autour de moi. Je pense que je réussirai. Mais je ne deviendrai pas le Guru des Sikhs. S'ils veulent un Saint, je le choisirai avec l'aide de Dieu parmi ceux qui - en ce Temple - en sont dignes.
Amritsar n'est qu'une étape. Le chemin continue vers d'autres lieux, d'autres rencontres, d'autres énigmes. Toute ma vie je me souviendrai de ces jours de recherche, rythmés par les chants sacrés du Guru Granth Sahib, portés par des musiques atmosphériques - comme des aîles d'oiseau portées par l'espace. Jours océaniques où le silence n'a pas de part, me semble-t-il - hors les nuits de silence inépuisable.
Longue vie au peuple sikh.

Lionel Bonhouvrier.
DROIT D'AUTEUR :
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Publié à 06:51, le 16/08/2006 dans J. ENIGME au TEMPLE D'OR d'AMRITSAR |
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PARCS
JARDINS, FLEURS

"Chandigarh, ville des jardins", les dépliants touristiques le proclament.
Voici un circuit empruntant la "Leisure Valley", ce poumon vert, qui traverse la ville. Départ de Central Plazza :
- Chanti Kunj - Roseraie - promenade des Musées - Jardin des Bougainvillées - Rock Garden.
Vous passerez plusieurs heures dans des lieux enchanteurs.


Au SHANTI KUNJ
c'est le silence
que l'on écoute
et les oiseaux
offrent leurs chants
aux amoureux
dessous les arbres


A la ROSERAIE
les roses ont souffert
de la canicule




Le soir une fontaine
lumineuse donne
aux fleurs un spectacle :
les jets d'eau s'amusent
aux clignotements
bleus, jaunes, rouges, oranges
montent, descendent
font des politesses
Après les Jeux d'eaux
les rêves des roses
chaque nuit explosent



Au JARDIN DES BOUGAINVILLEES
j'arrive après la pluie - personne !

des gouttes perlent sur les fleurs
fraîches après la douche céleste
leurs pistils pointent comme des radars
auprès des fleurettes étoilées
Sur les pelouses qui ondulent
le rose tyrien illumine
colonise beaucoup d'espace
les fleurs blanches et fuschias, discrètes
sont plus rares dans les feuillages






Bal des libellules
au coucher du soleil


Au JARDIN BOTANIQUE de l'Université
aujourd'hui mes mains restent crispées au portail bleu :
veille de fête du 15 août ? Le Jardin est clos.
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 08:36, le 14/08/2006 dans I5. CHANDIGARH : PARC, JARDINS, FLEURS |
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NUIT DE FEU
"Dieu a dit : "O toi qui t'amuses avec tous,
Sépare-toi du monde, car tu es fait pour Nous.
Habitue-toi à Nous, pour qu'enfin
Vienne vers toi, dans la nuit, la solitude."
(Djalal-od-Dîn Rumi).
PRIERE - joie
Mon Dieu, pour cette joie que tu m'offres
je te remercie
tu fais battre mon coeur à haute cadence
chaque heure est un printemps-express
pour la certitude d'être
peu importe ce qui arrive
Dieu décide du moment et de l'heure
Je demande, tu me donnes
et je te remercie
tu es le Coeur de mon ardeur
à merci je me remets en ta Garde
le jour est océan de lumière
la nuit un cosmos d'énergie
pour le jour et la nuit je te remercie
Si tu retires la joie
la douleur prendra la place
jusqu'à épuisement de mes forces
la mort, ma soeur, viendra
me chercher à son heure
mais ne peut empêcher ta Grâce
tu me donnes, je te remercie
VENDREDI DES CENDRES
La douleur est ma Soeur
la souffrance est une Chance
la maladie une Amie
la mort est une Aurore
comment ne pas comprendre
qu'on ne peut souffrir au-delà
de la somme de ses forces ?
Ma douleur ne dépassera pas mes forces
ma souffrance sera mienne, mesurée
la maladie aura raison de l'oraison
quand la mort
touchera mon coeur
elle cédera la place à son vainqueur
DIEU LE VEUT
Si Dieu le veut
comment m'y opposerai-je ?
Le travail n'attend pas
empresse-toi de l'accomplir
Si Dieu le veut
comment m'y opposerai-je ?
Vivre ou écrire, nulle différence
Si Dieu le veut
comment m'y opposerai-je ?
Ecrire ses rêves invente la vie
ainsi naissent les miracles
Si Dieu le veut
comment m'y opposerai-je ?
Le Verbe est mort et ressuscité
le chemin est un point - immobile
De minuit à trois heures, ce 12 août 2006.
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 08:17, le 12/08/2006 dans I4. NUIT de FEU |
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ENTRETIEN
avec
NEK CHAND
(Chandigarh)

Ce matin avant 10h, je téléphone au domicile de Saini Nek Chand, grâce au réceptionniste de mon hôtel, qui me transmet son numéro.
Sa femme me répond et me passe son mari, auquel je me présente brièvement. Peut-il me recevoir ? Nek Chand accepte aussitôt. Quelle heure me conviendrait ?
Je réponds que je suis libre toute la journée. Je lui propose de choisir lui-même l'heure qu'il préfère. - 16h30 ? - C'est parfait ! Mais à quel endroit ?
- Au Rock Garden, à 16h30.
- D'accord, mais le Rock Garden est vaste. A quel endroit précis ?
- A l'office du Rock Garden.
- Parfait, à tout à l'heure M. Chand !
Dans la matinée, je corrige et enrichis le texte commencé le 9 août, après ma première visite au Rock Garden ("Le Rock Garden de Nek Chand").
Dans une cyberboutique, je fais imprimer les trois pages. Durée de l'impression : 30 minutes ! L'antique imprimante n'a jamais été entretenue. Constatant les résultats pitoyables de la première impression, je plaide pour une intervention efficace. Impossible d'offrir une telle horreur à Monsieur Nek Chand ! Le gérant m'approuve, décide de se remuer. Il nettoie les têtes, recommence l'impression, puis change une cartouche d'encre, recommence...
A 16h30 Nek Chand me reçoit. C'est un homme de plus de 80 ans, mince, assez petit, les cheveux blancs, le nez busqué. Assis dans un bungalow où sa personnalité éclate, il se lève pour me serrer la main. Aussitôt, je suis certain que l'entretien se passera bien.
- Mon nom est Lionel Bonhouvrier. Je suis Français, et très touché que vous ayiez accepté de me recevoir si vite !
- Prenez place, asseyez-vous ! Que voulez-vous boire ? Un café ? Un thé ?
- Je prendrai comme vous. Un thé, si vous prenez un thé !
Il se tourne vers le vieil employé qui venait de m'introduire et lui donne des ordres en hindi.
Je lui remets une enveloppe contenant les trois pages de "Le Rock Garden de Nek Chand".
- C'est un petit cadeau. J'ai écrit ce texte il y a deux jours après ma visite au Rock Garden. C'est la première fois que je viens à Chandigarh.
- Est-ce-que cela doit être publié dans un journal français ?
- Je l'espère. Peut-être un journal comme Le Monde, ou Libération. En cas de publication, je vous enverrai un exemplaire. Pouvez-vous lire le français ?
- Non, je ne le comprends pas.
- En ce cas, vous pouvez le faire traduire, par un ami par exemple.
- Oui, c'est possible.
Lui montrant la première page, j'explique que j'écris dans un blog des textes variés au cours de ce voyage en Inde. Ici, c`est l'adresse du site. Pour cela j'utilise internet. Mais je sens qu'il décroche. Ce monde n'est pas le sien et nous passons à d'autres sujets.
Il parle un anglais simple, lentement, et je comprends correctement ses propos. Il me remet un livre en anglais, écrit par des Français, m'incite à le feuilleter.
- Où êtes-vous né ? En Inde ?
- Non, je suis né dans un village du Pakistan. Il se lève, traverse la salle. Sur les murs, de nombreux documents sont affichés. Il s'arrête devant une photo qui représente sa famille, posant dans la rue, devant la maison de leur village.
- Et votre famille a émigré en Inde après la Partition ?
- Oui, nous sommes tous venus en Inde, d'abord à Delhi.
- Le voyage a été dur ?
- Oui, très dur... Il me regarde, troublé. Visiblement, son émotion lui coupe le souffle. Il ne peut rajouter un mot... Je respecte son silence.
Il revient vite s`asseoir dans son fauteuil. Son domestique apporte sur un plateau verres d`eau et tasses de thé.
- Quand êtes-vous venus vous installer à Chandigarh ?
- Je suis venu ici à cause de mon travail (Road Inspector) en 1951.
- Et en 1958, quand vous avez commencé le Rock Garden, toute cette zone était de la jungle ?
- Non ! C'était de la brousse, il n'y avait pas d'arbres.
- Et donc pas d'arbres à couper ! C'était plus pratique pour vous !
Il rit, opine de la tête.
A mes questions, Chand répond brièvement, ne se laisse pas aller aux développements espérés. J'attends des éléments nouveaux, mais il ne m'indique souvent que des faits déjà connus. J'aimerai savoir ce qui était vraiment difficile pendant la période où il travaillait en quasi secret, entre 1958 et 1974. Mais il ne répond pas vraiment, esquive la question d'une mimique. De même, j'essaye de le faire parler sur la découverte du Jardin en 1975, sur ses problèmes avec les autorités. Il préfère rester discret, parle vaguement des citoyens qui ont défendu le Rock Garden.
Puis il m'envoie regarder derrière le ventilateur.
Une affiche donne les coordonnées de la Nek Chand Fundation, l'une située à Londres, l'autre aux Etats-Unis. Je devrai pouvoir les obtenir sur internet.
Quand je retrouve ma chaise, il me glisse deux brochures le concernant. J'y jette un vague coup d'oeil.
Trois jeunes Indiens entrent, accompagnés par le domestique, s'inclinent à tour de rôle vers le genou de Nek Chand.
L'entretien prend une phase nouvelle, car ils ne parlent guère que le hindi. Nek Chand s'adresse à chacun, prend des nouvelles et j'écoute leur conversation, n'en comprenant que des bribes. Nek Chand apprécie particulièrement le plus loquace des trois, très souriant, à l'aise. Les deux autres s'expriment peu, s'asseyent en retrait, finissent par se contenter d'écouter.
Tout rappelle l'univers de Nek Chand dans le bungalow.
Parmi les nombreux documents, je remarque l'affiche d'une exposition Nek Chand dans le Wisconsin, plusieurs photos à des manifestations officielles en compagnie de sa femme, des articles de presse...
Plafond et murs sont tapissés de galets, ceux que l'on retrouve dans ses espaces truffés de sculptures. Des plantes en pots, des statuettes en bois, des sculptures rendent l'atmosphère exotique.
Trois grands mannequins prennent beaucoup de place. Ils sont différents de ceux que j'ai vus au Rock Garden : en tissus multicolores bien rembourrés, des fils de laine marquent les traits du visage. Autour du bureau du Créateur-Directeur, quatre ou cinq fauteuils sont disposés en demi-cercle pour les invités.
Pendant ce temps, la conversation se poursuit en hindi.
Plusieurs coupures de courant, de quelques minutes, nous ramènent à la réalité d'un climat étouffant, vraiment oppressant. La remise en route des ventilateurs nous soulage immédiatement.
Silencieux, je m'ennuie un peu, feuillette une brochure de Majumdar Minhazz, écrivain et chercheur, sur le Rock Garden :"Sculpting from Scrap". Et je commence à prendre des notes. Nek Chand le remarque, m'offre la brochure avec une plaquette. A l'hôtel, je constate que c'est une analyse de Nek Chand sur son oeuvre, intitulée "Spirit of enterprise". Elle a reçu The Rolex Awards for Enterprise 1990.
Je décide de participer un peu : Avez-vous rencontré Le Corbusier dans les années 1950 ?
- Oui, je l'ai vu plusieurs fois quand je travaillais à Chandigarh.
- Avez-vous parlé avec lui ? Que pensez-vous de lui et de son travail ?
- Mister Le Corbusier ne m'a jamais adressé la parole. Je n'étais qu'un modeste inspecteur... Il ne parlait qu'avec les chefs, ils restaient toujours entre eux. Il n'avait pas le temps de parler avec des gens comme moi... Et il venait rarement à Chandigarh, une fois par an seulement... J'aurais aimé parler avec lui, mais cela n'a pas été possible...
Enfin une véritable réponse ! Malgré le temps écoulé, le Patriarche semble touché par cet esprit de caste sociale.
- C'est dommage, cette distance... Et avec Pierre Jeanneret ?
- Il était toujours avec Mr Le Corbusier, ils restaient entre grands chefs...
Déjà, Nek Chand se tourne vers son favori, l'interroge en hindi. La blessure est refermée, tant pis pour moi !
Plus tard, la conversation se fixe sur la France. Passant à l'anglais, le Patriarche se souvient :
- En 1980, j'ai passé trois mois à Paris. Mister Chirac m'a même invité ! Il était Maire de Paris à l'époque. Aujourd'hui, c'est le Président !
Le jeune invité intervient en anglais, prononce même le mot "Maire" en français.
- Et avez-vous rencontré beaucoup d'artistes français ?
- Oh oui, en trois mois, beaucoup d'artistes !
Je n'en saurai pas davantage aujourd'hui... Aussi, j'annonce mon départ.
Nek Chand s'intéresse alors à mes conditions de logement à Chandigarh.
- Quel est votre hôtel ?
- The Transit Lodge, pratique, central. Au-dessus de la gare routière. Pratique pour prendre des bus toute la journée et y revenir le soir, pour manger, pour la vie quotidienne.
- Quelles sont vos charges ?
- La moins chère des chambres coûte 450 Rs. C'est cher. Je préfère le dortoir de 17 lits. C'est 125 Rs la nuit, y compris un repas.
- C'est un prix correct.
- Oui. Un lit me suffit. Et les clients du dortoirs sont discrets, souvent sympathiques.
Et sur ces bonnes paroles, je serre la main à tous, remercie chaleureusement Nek Chand pour la simplicité de son accueil et pour sa disponibilité.
Avant la nuit, j'ai plus d'une heure de lumière pour explorer certaines parties mal connues du Rock Garden.
Lionel Bonhouvrier.
DROIT D'AUTEUR :
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Toute reproduction ou représentation, sans autorisation préalable de l'auteur, en tout ou partie, de tout texte présent sur ce site à d'autres fins sur un quelconque support est interdite.
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Publié à 14:29, le 11/08/2006 dans I2. CHANDIGARH : ENTRETIEN avec NEK CHAND |
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La MAIN OUVERTE
de
LE CORBUSIER
(Chandigarh)
"Je compose avec la lumière".
(Le Corbusier).

N'écoutez pas les petits esprits à la bouche en cul-de-poule, qui chipotent sur les réalisations d'un Grand homme.
Depuis des millénaires, il en est ainsi. Ils n'ont jamais fait avancer la civilisation. Ce sont des ronces que le vent emporte !
Venez à Chandigarh, vous rendre compte par vous-même. Et si vous n'aimez pas, ce sera un choix personnel.
Je déteste le rédacteur anonyme qui a écrit dans le Routard (édition 2006, p :195) :"Jetez un coup d'oeil dans le secteur 1 aux grands bâtiments du gouvernement du Punjab".
Un coup d'oeil ! Certains blaireaux devraient suivre des cours de formation en architecture, ce qui leur éviterait de déraisonner. Ce serait sans doute du temps et de l'argent perdus.
Mais je ne désespère pas, même de l'homme du Kali Yuga.
En 1947 avec la Partition, la capitale historique du Pendjab, Lahore, revient au Pakistan. Le Premier ministre de l'Inde, J. Nehru, joue un rôle essentiel avec sa volonté politique de construire une ville nouvelle, future capitale indienne pour l'Haryana et le Punjab.
Le projet est approuvé par le gouvernement du Pendjab en mars 1948.
Pour la construction de Chandigarh, Nehru choisit Albert Mayer, comme architecte-urbaniste en chef au début de 1950.
Mayer dirige une équipe de spécialistes américains, qui élaborent un projet assez précis.
Mais en août 1950, Mathew Novicki, bras droit de Mayer, meurt dans un accident d'avion et Mayer renonce à son projet.
Il est alors confié à Le corbusier et son équipe, composée de Pierre Jeanneret, de deux architectes anglais : Maxwell Fry et Jane Drew, et d'un groupe d'architectes indiens (tel N.N Sharma).
Cette fondation de Chandigarh, capitale ex nihilo, est le symbole d'une fécondité créatrice, un des rares projets de ce type par siècle.
Au XXe s, on pense évidemment à Brasilia, sous la direction d'Oscar Niemeyer. L'audace était de rigueur chez la génération des fondateurs pleine de sève - les gestionnaires soucieux de leur standing viendront plus tard. Il fallait créer une capitale pour les réfugiés de la partie pakistanaise du Punjab et pour les générations futures.
Comment avoir le temps de penser à soi ?
D'abord, construire la Tête de Chandigarh, ses bâtiments institutionnels :
- En 1956, le Capitole et High Court (Palais de Justice, Cour suprême) :


- En 1958, le Secrétariat du Punjab et de l'Haryana :

- En 1962, l'Assemblée législative ou Vidhan Sabha :

Cette Assembléé Législative est un de mes bâtiments préférés, entouré d'un bassin et dans un cadre de verdure :



Certains bâtiments voulus par Le Corbusier n'ont pu être construits pour diverses raisons, souvent financières.
Le Palais du gouverneur devait couronner la zone du Capitole.
Le Musée de la Connaissance, sorte de Maison de l'Information, prévoyait d'assister le Gouvernement pour ses prises de décision. Maquettes et plans de ces deux projets avortés sont exposés au City Museum.
On y voit également des documents sur un autre projet abandonné : la Main Ouverte sur le barrage de Bhakra, qui proposait un message de paix et d'harmonie. Ces trois projets étaient chers à Le Corbusier, mais il ne les a jamais vus se matérialiser.

Sur le Capitole, entre la Cour suprême et l'Assemblée, une sculpture-girouette haute de 26 m, la Main Ouverte, est devenue l'emblème officiel de Chandigarh. Elle n'a été construite qu'en 1985, vingt ans après la mort de Le Corbusier...
Je le cite : "Ouverte pour donner, ouverte pour recevoir".
Elle figure sur d'autres monuments (comme au bord du lac Sukhna).

Elle est utilisée comme logo identifiant Chandigarh. Cette main ouverte exprime la volonté créatrice d'agir pour l'autre et avec autrui. Un magnifique symbole pour une ville.
Dans cette sculpture, je vois aussi : un oiseau en plein vol, ou même un homme criant vers le ciel.

"L'oiseau en plein vol" me plaît.
D'abord parce que Chandigarh est un paradis pour les oiseaux, qui y prospèrent. Corbeaux, pigeons, moineaux, étourneaux, paons, merles, canards, cygnes, tant d'oiseaux plus ou moins colorés dont j'ignore les noms...
Ensuite, parce que l'oiseau symbolise la liberté du créateur, allant librement dans l'espace, affranchi des traditions sclérosantes.
"Un homme criant vers le ciel" est une interprétation démiurgique, qui ne me surprendrait pas de la part de Le Corbusier.
Bon, me direz-vous, agacé. Mais cette omniprésence du béton ? Ces coulées kilométriques de béton d'un architecte mégalomane ?
En 1950, le béton c'était l'audace.
De plus à l'époque, les ressources de l'Inde étaient limitées et le béton permettait des coûts de construction assez faibles.
Le Corbusier a prouvé dans maints bâtiments sa capacité à alléger la masse brute du béton.
High Court, avec ses nombreuses percées dans les piliers colorés, au long de la grande rampe, en est un exemple.
Le meilleur que je connaisse est la Tour des Ombres (Tower of Shadows), construite en 1960 près de l'Assemblée.

En béton, ce pavillon est d'une finesse, d'une légèreté évidentes. Ses lignes droites jouent avec le vide, la lumière et l'ombre.
Malgré ses lignes courbes, je pense aussitôt à la Tholos, à Delphes. Le Corbusier a tout calculé pour que les rayons solaires ne puissent pénétrer à l'intérieur, malgré les ouvertures, dont le nombre étonne. C'est une étude des mouvements du soleil, de la lumière et de l'ombre en leurs différentes orientations. Clin d'oeil au cosmos.
Ecrit au bord du lac Sukhna, au-dessus duquel les cendres de Pierre Jeanneret ont été dispersées en 1967, conformément à ses dernières volontés.
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 14:31, le 10/08/2006 dans I3. CHANDIGARH : la MAIN OUVERTE, de LE CORBUSIER |
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Le ROCK GARDEN
de
NEK CHAND
(Chandigarh)
Oubliez toutes vos connaissances, vos soucis, videz votre esprit, libérez-le pour accueillir une expérience nouvelle.
Cela n'arrive pas chaque jour de notre vie...
Vous approchez de l'entrée. Sur le mur recouvert de galets, des cygnes se penchent vers vous. Bienvenue au Rock Garden !
Vous allez entrer dans un labyrinthe de rochers, de statuettes, de plantes, d'arbres et de fleurs, dans un labyrinthe que seuls les rêves poursuivis avec acharnement arrivent parfois à concrétiser.
Un jour de 1958, Nek Chand a commencé.
Chaque soir après son travail, il a continué.
Et aujourd'hui, chacun a le privilège d'entrer dans son monde.
Il suffit de baisser la tête, car les portes sont plutôt basses.
Ensuite, suivez le sentier.
Le palais des rêves s'échelonne au fil des escaliers, des places traversées, des rivières franchies, des cascades inattendues.



Vous passez entre deux murs recouverts de céramiques, sous une porte basse dont le linteau est incrusté de prises électriques.

Voici un long couloir dont les murs sont truffés de tubes fluorescents, de débris de tasses, de plats ou d'assiettes, surmontés de poteries alignées qui vous surveillent. Rassurez-vous. Pas de caméra, ce n'est pas le genre de Saini Nek Chand.
Comme Le Corbusier, Saini est un créateur. Tout cet espace vierge à occuper avec la fondation de Chandigarh... C'est l'ère des créations mythologiques. Et Saini a pensé : Pourquoi ne pourrai-je pas construire moi aussi un Royaume ?
Alors il imagine une, dix, des centaines de statuettes, en ramassant des rochers aux formes bizarres, des tessons d'assiettes, des morceaux de céramiques, il récupère tout ce qui lui est nécessaire. Dans le plus grand secret, il transporte à l'arrière de son vélo ciment et rochers jusqu'à une zone de brousse mystérieuse. Pendant dix-huit ans, le jardin des fééries s'agrandit... mais est découvert en 1976.
Les autorités le condamnent à la destruction. Occupant indument le terrain, le squatter Chand doit défendre son oeuvre. Elle est sauvée grâce à la mobilisation de citoyens, d'organes de presse.
Ensuite, les autorités décident même d'aider Nek Chand. Il peut continuer à plein temps, fourmi polarisée par son projet insensé. Insensé ? Très intelligent, au contraire !
J'ai vu deux photos de Saini Nek Chand, parmi les passionnantes archives exposées gratuitement au City Museum.
Photos d'un homme âgé, illustrant deux articles de presse de 1997, en anglais. D'après l'un de ces articles, il aurait 81 ans aujourd'hui.
J'aimerai beaucoup le rencontrer. De longues discussions seraient superflues. Simplement, le voir travailler en silence me plairait. Le voir à ce travail qui donne à sa vie toute sa dimension.
D'après un journaliste, son sourire est très doux. Une fourmi au doux sourire ! La nature réalise des miracles, dont la plupart demeurent à jamais inconnus.
Les Indiens se promènent volontiers dans les espaces inventés par Chand. Plusieurs entrées et sorties sont possibles. On peut prendre des raccourcis. Mais alors, on ne voit pas tous les palais, les chutes d`eau, les temples ou les théâtres...

La cascade aux Trois Pavillons est une magnifique surprise. On pense aux Jardins du Generalife à Grenade, avec une belle cascade en supplément. Les visiteurs adorent s'y faire photographier.
Plus loin, c'est la place au Puits, où ce dernier est surmonté d'une armature métallique en forme de cloche.

Vous croyez être au bout de ce circuit ? Plusieurs places et volées d`escaliers sont nécessaires pour arriver à un énorme mur d'eau.

Au-dessus, des sculptures d'hommes assis sur un tabouret contemplent la cascade. Cela mène au toit-terrasse du palais.

Du haut des pavillons carrés, aux toits en bulbe recouverts d'éclats de céramiques multicolores, la vue est magnifique sur les environs boisés.

Ciel bleu d'azur, lumière douce de début de soirée.

Dans une zone proche de la sortie, Nek Chand a multiplié les séries de sculptures identiques. Des dizaines de chiens à la bouche ouverte, aux yeux turquoises.

Des êtres humains debout, aux habits de fête barriolés, multicolores. Des ours dansant dressés sur leurs pattes postérieures. Des porteuses d'eau au repos. Des chiens-loups noirs tachetés de blanc aux dents agressives. Des vaches hilares, gondolées de rire.

Des dizaines d'êtres courbés vers la droite ou vers la gauche. Des oiseaux posés sur un mur.

Soudain, un peuple de singes, alignés comme les soldats d'une armée de la jungle, la queue figée au garde-à-vous, s'impose.
Vous passez devant les singes soldats, traversez la place, en silence.

Plus de 5000 sculptures peuplent son Royaume : beaucoup d'oiseaux, des hommes assis sur des sièges invisibles, des charmeurs de serpents, des ours dansant, des policiers en armes arrêtant un malfaiteur, des paons, des rois et des reines, des joueurs de tennis, des animaux bizarres, des hommes et des femmes au travail, des chameaux, des fidèles auprès d'une divinité, de grands cerfs, des amoureux, des buffles, des individus figés comme en extase...


Le corps des statues est en ciment, déposé sur une armature de métal : tiges de fer rouillé, squelettes de vélos. Les selles de vélo servent de têtes. Leurs habits sont en céramiques ou peints, leurs cheveux sont humains. Chand les récupère chez les coiffeurs...
Nek Chand s'autorise royalement ce qui fut interdit à Le Corbusier : la représentation humaine !
Parallèlement au fourmillement d'animaux réels et imaginaires, il multiplie à plaisir toutes les formes de représentation humaine.
Rien de ce qui est humain n'est étranger à Chand.
Ses sculptures figurent les métiers, les sports, les religions...



Au fond du Rock Garden, de vastes amphithéâtres incrustés de céramiques multicolores, des grottes à colonnades, sont appréciés des amoureux.

On est émerveillé par les céramiques, où dominent les mandalas.

Dans un carré, les cercles successifs sont décorés avec un goût sûr. Je repère de nombreux animaux en céramiques : poissons, paons sur le sol, et sur un mur une superbe libellule au corps vermillon et carmin.


Tout à fait au fond, une file d'éléphants se tenant par la queue semblent quitter le Jardin.
Sur cette Grand-Place, on peut manger des en-cas, boire, assister à des spectacles donnés sur une scène sonorisée. Des deux côtés de la scène, deux femmes se dressent, le torse voilé, portant un plat. Contre les murs de grottes, on a déposé de gros arbres en ciment aux racines apparentes. A côté, d'autres arbres sont en élaboration. On peut voir les tiges de fer rouillé de leur structure. Certaines grottes sont remplies de piliers recouverts de céramiques multicolores.
Mais ces vastes espaces sont des culs-de-sac. Il faut reprendre une partie du chemin parcouru à l'aller pour trouver une sortie.
Affamé, je mordais dans un friand peu avant la tombée de la nuit, quand la pleine lune, passant au-dessus d'un cheval perché sur le toit-terrasse d'une grotte, m'interrompit.

Des statues de chevaux alignées sur des dizaines de mètres rêvaient de rentrer à l'écurie. Ils attendaient que la place se vide peu à peu de ses familles, des commercants, de ses amoureux attardés, pour descendre de leur perchoir, piquer un galop salutaire en hommage à la lune, puis leurs prières faites, rentrer dans les grottes pour une nuit courte, mais bénie.
Au retour, je pense à ces chevaux, à leurs cavalcades blanches zébrant la nuit avec une vitesse insouciante.
Soudain, je vois Balzac rédigeant dans la passion un article sur La Chartreuse de Parme, d'un inconnu surnommé Stendhal.
La tête du rédacteur en chef !
Un article aussi long qu'un livre... Mais peut-on arrêter une tornade ?
Nek Chand a choisi sa méthode.
Il suffit de commencer, de continuer chaque soir ou chaque jour et au bout de plusieurs décennies, son rêve s'est réalisé.
Simple, non ?
Je pourrai écrire des heures sur Saini Nek Chand, son Jardin de rochers, de sculptures, de débris de vaisselles, de céramiques et de poteries, car lorsqu'on aime, le temps ne compte plus.
Entré dans le labyrinthe, on sort du temps, on se hisse sur une vague d'éternité qui déferle, immobile, au coeur de l'Inconditionné - les succès ou les échecs ne comptent plus, la vie ou la mort importent peu - la vague d'éternité déroule ses anneaux de Serpent, tandis que des statuettes en armes, nues, prêtes au Combat, veillent sur le Rock Garden.
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 14:28, le 9/08/2006 dans I1. CHANDIGARH : le ROCK GARDEN, de NEK CHAND |
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Au Lac SaCré
du
HeM KuNd
Ce n'est pas un trek de tout repos. Le dénivellé est de près de 1300 m : au départ de Ghangaria (3050 m) jusqu'au Hem kund (4329 m). Le Hem Kund, le lac sacré des Sikhs !
C'est une de mes randonnées préférées. La veille, la montée épuisante de 14 km entre Govindghat et Ghangaria m'avait affuté, mais privé de pataugass. Ce matin, elles étaient encore trempées par une pluie continuelle, subie pendant quatre heures et demie...
Je me retrouve donc en sandales. Pour la montée, pas de problème, mais pour la descente ?
Départ vers 6h30. Pendant 1 km, la route est aussi celle qui mène à la Vallée des Fleurs. Les pèlerins sont déjà nombreux. A l'embranchement, je retrouve le groupe coloré de pèlerins sikhs, arrivés en musique au Gurdwara, la veille au soir. Devant le panneau indicateur, le Chef à barbe blanche - turban blanc et survêtement bleu - exhorte sa vingtaine de Sikhs - hommes, femmes et enfants.

Un adolescent vêtu de blanc, bonnet bleu et écharpe orange, porte une enseigne, au drapeau jaune, surmonté d`un cercle bleu et jaune. Un tambour et deux musiciens à cordes jouent des airs dynamiques pour stimuler les énergies. Finalement, tous lancent leur cri de ralliement, trois fois, et c`est parti !
Très vite, je préfère monter à mon rythme, je laisse loin derrière les pèlerins-musiciens. Cela grimpe dur. Il pluviote et je redoute une journée déluge, comme celle d'hier. Mes prières sont-elles entendues ? Le soleil apparaît timidement vers 8h. Je prends trois photos avec des pans de ciel bleu.


Une pause "figues" s'impose. Cette grimpette grille beaucoup d'énergie. Ghangaria a diminué peu à peu, jusqu'à disparaître. Le paysage, très verdoyant, est superbe, agrémenté de cascades. Des nappes de brume avancent lentement à mi-hauteur dans la vallée. Le pic le plus élevé est continuellement caché sous d'épais nuages. Le sentier empierré monte en pente raide, côté aval ses lacets en épingles à cheveux déroulent leurs courbes très serrées. Sujets à vertige, s'abstenir ! Le sentier franchit une frêle passerelle au-dessus d'un torrent alimenté par un glacier. L'eau jaillit par l'ouverture ovale de la langue glaciaire.


Peu à peu, nous montons au niveau, puis au-dessus de ce vaste glacier, dont la neige est salie. Depuis le départ, mules et poneys m'ont peu gênés. Les nombreux pèlerins s'étirent sur une dizaine de kilomètres. En partant tôt, en dépassant les plus lents, on se retrouve vite en bonne compagnie, sélection oblige.


Vers 9h, deux voies sont possibles. Une route en lacets assez longue, empruntée par les animaux et les piétons fatigués. Un escalier raide escaladant la montagne par le chemin des oiseaux, le plus court ! Plus de mules ni de poneys, je n'hésite pas. C`est comme grimper les escaliers de la Tour Eiffel, mais à 4000 mètres d'altitude. On grimpe dans le ciel, sans savoir si on pourra l'atteindre un jour.

Même les grandes gueules de certains groupes ferment leur bec... Chacun écoute sa respiration et son rythme cardiaque... On s'arrête très souvent pour retrouver son souffle... Aucun frimeur ne pousse de chansonnette... En vingt minutes, je finis par arriver au sommet en franchissant une arche.
La récompense est à la hauteur de l'effort. Sur la place, beaucoup de Sikhs, assis n'importe où, dégustent un thé ! Je file en ligne droite au Gurdwara, où l'on me sert du thé. Je remercie à voix haute le serveur, et en esprit le Dieu des Sikhs et le créateur du thé. On propose aussi une bouillie de céréales, mais j'ai hâte de voir le lac. Avec mon gobelet, j'atteins ses rives. Ses eaux sont vertes, surmontées de nappes de brume, errantes. Je grimpe à flanc de colline sur une trentaine de mètres, m'assieds sur un rocher. Le lac est de taille modeste. Une seule extrêmité, autour du Gurdwara, a été aménagée et construite. La plus grande partie conserve son état naturel. Le lac repose au centre d'un cirque glaciaire, entouré par des montagnes ravinées, en partie recouverte de verdure. Des cascades dégringolent des sommets. En dégustant le thé, à petites gorgées, je profite de l'état de grâce qui succède aux efforts prolongés.


Quand je redescends au bord du lac sacré, quelques Sikhs s'apprêtent à y entrer. Vers 9h30 du matin, à 4329 m d'altitude, imaginez la température de l'eau ! Ils entrent jusqu'aux chevilles, se mouillent la poitrine, s'immergent trois fois et se précipitent vers leur serviette ! Je n'ai parfois pas le temps de les photographier... A quarante centimètres de l'eau, une ligne jaune marque le sol. Interdiction de la franchir avec des chaussures. Cette matinée, j'ai vu le surveillant interpeller deux étourdis. Un panneau précise qu'il est interdit d'uriner à proximité du Sarovar Sahib. Les pèlerins demandent souvent à un proche de les photographier dans le lac, de l'eau jusqu'aux genoux (jusqu'aux cuisses pour les plus courageux). La plupart joignent les mains dévotement... mais ressortent illico la photo prise !

On vient me voir, on m'interroge. Intérêt pour le Canon numérique.
Trois femmes s'approchent. Je leur propose de se baigner.
-"It's too cold !" Elles veulent connaître mon pays. Elles vivent au Canada, à Toronto. Et semblent dépaysées au bord du Hem Kund.
Un vieil homme me fait de grands sourires, se lance dans une tirade en hindi, se rend compte que je n'y comprends rien, nous console d'une mimique.
Ensuite, j'entre dans le Gurdwara.
Au rez-de-chaussée, le vestibule contient de nombreux casiers-à-chaussures. J'y place mes sandales.
L'escalier débouche sur la salle-de-prières. Un jeune Sikh me fait signe de me couvrir la tête. Ma casquette me permet de faire face. Les fidèles debout écoutent un orateur, lui répondent en choeur. La salle est pavoisée de guirlandes multicolores. Près de l'officiant, une sorte d'autel clignote, capte l'attention. J'aimerais rester, mais le froid me saisit. Du coup, je remarque que plusieurs pèlerins sont emmitouflés dans une couverture. Un tas de couvertures git à l'entrée de la salle. Je descends pour enfiler polaire et veste. Et je garde la casquette.
Dehors, le temps s'est nettement refroidi.
Virée derrière le Gurdwara, par un portique, où pendent des cloches. On a construit des oratoires près du lac. Le portique franchi, un homme m'ordonne aussitôt d'ôter mes chaussures. Etrange, car certains fidèles les conservent, ne les enlèvent qu'avant d'entrer dans un oratoire. Mais j'obéis.
Deux minutes plus tard, deux hommes assis ayant assisté à la scène me font signe. J'approche. Avec sourires et gestes appropriés, ils m'encouragent à remettre mes sandales. L'extrémisme du pèlerin les a beaucoup agacés...
Le temps change constamment. Je monte sur la colline au-dessus du portique d'entrée pour admirer la vallée... c'est le brouillard qui règne en maître...
Soudain, le soleil surgit. Je fonce vers le lac pour photographier les reflets de la lumière dans l'eau verte.


De retour parmi les pèlerins, je remarque que certains se tiennent à une corde fixée au bord du lac. Ils s'immergent trois fois dans l'eau le plus vite possible.
Un homme obèse applique scrupuleusement tous les rites. En posture de yoga, il récite les prières les yeux fermés, s'incline vers le Gurdwara les mains jointes, recommence plusieurs fois. Je peux le photographier sans le gêner.


Tenaillé par la faim, je vais chercher une ration de bouillie, quand je tombe sur le couple d'Indiens, croisé plusieurs fois à Ghangaria.
Nous nous présentons. Ils vivent à Calcutta. Rakhi est une brune à lunettes assez grosse. Son mari Paranjoy ressemble à un étudiant. Agés de 29 à 31 ans. Mais nous nous séparons assez vite, car ils s'apprêtaient à redescendre à Ghangaria.
Avec ma gamelle de bouillie, je m'installe sur un muret, ingurgite le tout sans respirer.


J'aime l'ouverture d'esprit des Sikhs. Leurs Gurdwara accueillent Sikhs et non Sikhs. Tous peuvent y dormir, y boire du thé, y manger, tout cela gracieusement...
En dix minutes, la température dépasse les 35° C.
Ecriture.
Avant midi, je commence la descente, délicate en sandales.
L'escalier derrière moi, au lieu de dévaler le sentier avec des sauts de kangourou, je suis d'une prudence inaccoutumée. A cause des pierres, j'abîme sérieusement mes sandales et le bout de mes orteils tatent quelques cailloux.
Comme au cours du Char Dham, je croise plusieurs balayeurs. Souvent oisifs, ils s'activent à l'approche des gens. A mon égard, leur expression habituelle est :"Money-bakchich !" Pour les Indiens, leurs formules en hindi semblent plus conformes à ces chemins de pèlerinage, j'y entends des accents religieux.
Au bout d'une heure, un coup de pompe m'oblige à faire une pause. Arrêt boisson. Je repère deux ampoules, dont une de plus de 100 W...
Une descente est toujours plus ennuyeuse qu'une montée. La découverte ne joue plus, on revient sur ses pas, c'est du connu, on pense déjà à la douche...
Habituellement, j'essaye de transformer une descente en une danse, ou la rapidité, l'équilibre, l'enchaînement des gestes, touchent aux mystères de l'univers. Aujourd'hui, nulle harmonie des foulées, mais des pieds douloureux qui aspirent au repos.
Vers 14h, je dévore un Rice Pullao Paneer dans mon restaurant favori. Que c'est bon !
Lionel Bonhouvrier.
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Toute reproduction ou représentation, sans autorisation préalable de l'auteur, en tout ou partie, de tout texte présent sur ce site à d'autres fins sur un quelconque support est interdite.
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Publié à 15:46, le 6/08/2006 dans H2. Au LAC SACRE du HEM KUND, 4329 m |
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GHANGARIA
ou
LA VALLÉE
des
FLEURS

- "Do you want to go to Valley of Flowers ?"
Je réponds d'un Yes !, un peu sec au trentenaire, aux cheveux noirs en queue de cheval. Une panoplie de parfait randonneur. Car je suis de mauvais poil.
Vers 6h, le serveur du restaurant me laisse poireauter, préférant discuter avec un compère. Le cuisinier chôme... Je lui commande directement un thé et une aloo-paratha. Un quart-d'heure de perdu...
Ensuite, à la sortie de Ghangaria, je suis pris dans un flux de mules et de poneys, montés par des pèlerins, dont les clochettes tintinnabulent. Il n'est pas 7h. La route aux pierres glissantes, plantées n'importe comment, maculée de crotins plus ou moins lessivés par la pluie et les passants, ressemble à une autoroute un jour de rush. Pendant un kilomètre, les pèlerins sikhs l'encombrent jusqu'au premier embranchement. Tout droit, ils continuent vers leur lac sacré du Hem Kund. J'y suis allé la veille. Bougonnant contre these stupid animals, leurs cavaliers d'opérette, et contre certains muletiers braillards et sans-gêne, je réponds Yes !
Et sans me soucier de lui, je tourne à gauche. Le tourniquet de la billeterie est à une quinzaine de mètres.
Le local est vide, trois ou quatre Indiens attendent patiemment le guichetier. La billeterie est théoriquement ouverte depuis une heure... Au bout de cinq minutes, j'annonce assez fort au randonneur mon intention d'entrer sans payer. Effet immédiat ! Un Baba quinquagénaire barbu à dredlocks se pointe comme une fleur... Avec un grand sourire : "It`s 350 roupies !" Sans un mot, je lui tends un billet de 500 Rs, qu'il empoche avec un grand naturel, avant de me rendre la monnaie. Je réclame un ticket.
-"Ce n'est pas nécessaire, vous pouvez y aller !"
Pourquoi m'en faire ? Je fonce vers la Vallée des Fleurs, abandonnant huit ou dix Indiens au bon vouloir de Bab Rasta...
Le sentier monte, traverse un bois, serpente, permet de voir le village, se détacher peu à peu dans la vallée.

Ghangaria est située à 3050 m.
La Vallée des Fleurs s'étage de 3650 m à 3950 m environ. Un torrent coupe le sentier, qui tourne à flanc de colline avant de descendre à travers un sous-bois jusqu'à une rivière, qui cascade magnifiquement. Franchissant un pont, le sentier remonte dans un bois en pente raide. J'enlève veste et polaire pour ne garder qu'un polo... Sorti du bois, je me sens en pleine montagne, au-dessus d'une rivière.
Plus loin, un panneau annonce l'entrée du parc naturel de la Vallée des Fleurs.
Avant 8h, le ciel se dégage : des pans de ciel bleu permettent de distinguer les sommets cernant la vallée.

Dans un torrent, deux hommes lavent du linge. Deux autres ouvriers empierrent le sentier. De l'autre côté de la rivière, la langue blanche et noirâtre d'un glacier atteint les eaux. Les fleurs sont de plus en plus nombreuses autour du sentier, qui continue à monter. Le temps redevient très nuageux, menaçant.
Découvrant la fonction "macro-numérique" du Canon, je me prends au jeu. Le vent fait bouger les fleurs et beaucoup de mes clichés sont flous. Se concentrer, appuyer au juste moment... Peu à peu, j'efface les photos ratées.

Plusieurs groupes d'Indiens me dépassent. Un homme m'interroge : "Are you a botanist ?" D'autres s'intéressent à mon écran LCD.

La pluie commence... Avec des ruses de Sioux, je continue à photographier. Un quart d'heure plus tard, trois visiteurs rebroussent chemin, découragés, car il n'y a aucun abris. La pluie ne dure qu'une demi-heure, ensuite j'enlève la capuche, photographie de plus belle.

On a planté çà et là quelques panneaux vert et rouge, où est inscrit un nom de fleur. Mais chaque panneau est entouré de trois ou quatre plantes différentes... Laquelle se nomme ainsi ? Les variétés de campanules et d'anémones sont nombreuses. Anemone tetraspala (mauve, à quatre pétales) ou Anemone obtusiloba (proche de la précédente).
J'aime les clochettes violettes, accrochées sur une longue tige :

Campanula latifolia est dotée d'un pistil jaune trifide recourbé, fort gracieux. Ses étamines sont roses.

Le randonneur à queue de cheval m'a dépassé, portant une cape de pluie kaki, où est inscrit en blanc "Valley of Flowers". C'est donc un guide. Il donne des explications à une famille d'Indiens. Deux porteurs suivent ce petit monde.
Le sentier monte toujours dans un paysage magnifique. Plusieurs pics de plus de 4000 et 5000 m, souvent cachés par le brouillard, encadrent la vallée. Elle forme un vaste demi-cercle, d'où jaillissent au moins huit cascades, d'une hauteur impressionnante :

Maintenant, les fleurs parsèment l'espace de massifs étendus, mauves, jaunes ou blancs. Le chemin traverse un torrent. On a planté un grand panneau vert et rouge : le plan du parc national de la Vallée des Fleurs :

J'y apprends que le cours d'eau s'appelle la Pushpawati. Certains sommets, comme le Nilgiri, dépassent les 6000 m.
Guide, Indiens et porteurs s'installent sur un gros rocher, assez plat, à une dizaine de mètres du sentier. C'est un lieu parfait pour se reposer en admirant le paysage. Je croise alors le couple de Calcutta : Rakhi et Paranjoy. Nous avons mangé deux fois dans le même restaurant, à Ghangaria. Et je les ai rencontrés la veille au Hem Kund près du lac. Paranjoy me confie son appareil pour que je les photographie. Je lui demande le même service :

Ils redescendent déjà...
Le soleil réapparaît, en cinq minutes le plein été rayonne. Je me mets torse nu, continue mes découvertes. Comme des ombellifères :

Certains géraniums ressemblent à des anémones. Il y a également des roses sauvages. Je tombe en arrêt devant un bosquet touffu de fleurs blanches, petites, aux boutons découpés : Thymus linearis (?) Ses tiges sont argentées :

Plus loin, ce sont des fleurs jaunes, découpées, aux formes délicates (Impatiens ?).

Une fleur mauve, la plus fréquente, recouvre de grandes zones dans la vallée. Elle ressemble à une orchidée. Son coeur, orange avec des veinules, est rouge à la base.

Le plein été est bref. Refroidissement express. J'enfile le polo et même la veste. Déjà, il pluviote.
Après 10h30, la batterie du Canon faiblit. Catastrophe ! Je l'économise au mieux. Mais je craque devant Potentilla atrosanguinea, une des rares fleurs rouges :

Au centre des cinq pétales carmin, les étamines noires entourent un coeur jaune.
Parmi les Pedoncularis, ma préférée est jaune canari. Son pied vert salade niche une floppée de petites bouches jaunes.

Grimpant lentement le sentier, je sélectionne sévèrement les plus belles fleurs, pour ménager ma batterie. Je retiens :
- une fleur blanche, pure, aux pétales à peine striés :

- trois "marguerites" aux pétales jaune vif, au coeur ocre d`or :

- Cyanathus lobatus, aux cinq pétales violets, au coeur jaune. Un lobe marron prolonge l'arrière de la fleur :

Vers 11h, je rencontre quelqu'un d'aussi concentré que moi, mais mieux outillé. Il utilise deux Canon à pellicules argentiques, dont un muni d'un gros téléobjectif. Je photographie deux fleurs qu'il avait lui-même choisies, ce qui a l'air de l'amuser. Son visage est très foncé, ouvert, déterminé.
Prakash habite Dacca au Bangla-Desh. Quand il apprend que je suis Français, il m'interroge aussitôt :
- "Que penses-tu de Napoléon ?"
- "C'est un grand homme de l'histoire de France. Je connais beaucoup de Français qui ne l'aiment pas. Ce n'est pas mon cas !"
- "Ils ont tord ! Napoléon est le plus grand des Français !"
Cette discussion avec un admirateur de Napoléon me plaît. Petite pause alimentaire, j'ai la fringale. Nous échangeons ses crackers contre mes cacahouettes en discutant.
Le guide nous rejoint. Son visage sympathique est fait de bric et de broc... Il s'appelle Rajneesh et sort un appareil qui concurrence ceux de Prakash. Nous nous entendons fort bien.
Puis je repars en vadrouille. Plusieurs merveilles m'attendent :

A quelques mètres, Cypripedium himalaicum, dont les hautes tiges sont d'une rare élégance. Elles superposent chardons et fleurs roses, jaillissant hors de la tige.

Tout près, de magnifiques rhododendrons pointent leurs feuilles aux formes pures, ouvertes, comme en offrande vers le ciel.

En descendant vers un torrent, je m'arrête pile :

La batterie me lâche vers 12h30 et le Canon s'éteint.
Quand la pluie recommence, cela me donne le signal du retour, en savourant le paysage.
Dix minutes plus tard, des Indiens m'interpellent, m'invitent à partager leurs hamburgers indiens. Je m'aperçois qu'il ne leur en reste que trois, je ne fais qu'y goûter. Ils habitent Delhi, le leader s'exclame :"Zidane ! Zidane !". On m'interroge sur mes voyages en Inde.
-"What's the currency in France ? Dollar ?"
Un autre veut savoir si un professeur est bien payé en France.
Gentillement, je leur fausse compagnie, pour tomber sur un groupe de Sikhs, connus la veille pendant la montée au Hem Kund. Tous les cinq tiennent à me serrer la main. Tout près, Rajneesh et son groupe évacuent leur rocher. Pourquoi ne pas y aller écrire deux ou trois pages ?
Aussitot installé, mes cinq Sikhs y débarquent. Ils s'asseyent, blaguent, grignotent, rigolent. Pour écrire, je manque un peu de calme... Nitchevo !
La véritable descente commence vers 14h, pour se terminer dans un restaurant de Ghangaria à 15h30. Mais une centaine de mètres avant la billeterie, j'entends quelqu'un tousser à s'en arracher les amygdales. Après un virage, j'aperçois Bab Rasta, à dix mètres, en pleins spasmes aigus de toux. Une bouffée de haschisch me saute aux narines. Bab Rasta a dû fumer la moitié de mon billet de 500 roupies !
-"Smoking ! Be careful, sir !" Sa toux redouble.
-"It's never too late to stop smoking !" Il me regarde avec résignation, petit sourire triste... Je le croise sans m'arrêter.
Dans l'après-midi, sieste. Puis écriture.
Vers 18h30, je commence à m'ennuyer. Il me tarde de voir les photos. Charger la batterie est nécessaire, mais à Ghangaria, l'électricité fonctionne de 5h à 7h, puis de 19h à 22h...
Avant 19h, ma lampe s'allume ! Soulagé, je branche le chargeur et quitte ma chambre.
Descente vers le Gurdwara, quand j'aperçois la trogne étonnée de Rajneesh ! Il est assis dans une boutique minuscule, près de la réception de l'hôtel Devlok. J'entre, nous sommes contents de nous revoir. Il montre un film sur la Vallée des Fleurs à mes amis Rakhi et Paranjoy...
En réalité, Rajneesh est guide et photographe. Sa boutique s'appelle Nature, photo center. On y trouve ses très belles photos de fleurs, de paysages et d'animaux, en plusieurs formats. Et aussi des brochures sur la Vallée des Fleurs et d'autres sites, divers objets liés à la montagne, de la documentation sur la nature. Très ouvert, Rajneesh passe sur le téléviseur des vidéos et des DVD, discute avec qui pousse sa porte.
Justement, Prakash entre et nous éclatons de rire tous les trois.
Une soirée inespérée commence. Attiré par le film, un Israélien hésite quelques minutes, puis entre. Rakhi et Paranjoy s'éclipsent à la fin du film. Nous restons tous quatre à discuter à perdre haleine.
John est le benjamin du groupe. Son visage est un étrange compromis entre celui d'un étudiant à lunettes, et la face ravagée de son grand-père... Baroudeur, il a déjà voyagé en Europe ("très chère, l'Europe ! De loin, la plus chère !"), au Japon, aux Etats-Unis.
Rajneesh nous montre "Sweet Memories", un album-photos, qui regroupe des portraits de lui-même, d'un ami guide (qui passe en coup de vent parmi nous), et des Européens, Japonais, Américains, ayant loués ses services. Photos des montagnes de la région, prises en toutes saisons. Il répond à toutes nos questions sur les fleurs, les animaux (ours, coqs de bruyères, rapaces), ou les treks en Uttarranchal. Quelle mine d'informations !
Vers 21h30, je meurs de faim. Tous ont dîné sauf moi...
Si vous passez à Ghangaria, allez voir Rajneesh, vous serez surpris par sa gentillesse, il vous sera utile, j'en suis persuadé.
P.S. : Les amateurs de fleurs, les botanistes sont invités à laisser un commentaire s'ils ont relevé une approximation, une erreur, ou pire.
Lionel Bonhouvrier.
DROIT D'AUTEUR :
sont protégés par le droit d'auteur et les droits de propriété intellectuelle.
Toute reproduction ou représentation, sans autorisation préalable de l'auteur, en tout ou partie, de tout texte présent sur ce site à d'autres fins sur un quelconque support est interdite.
Le non-respect de cette interdiction constitue une contrefaçon pouvant engager la responsabilité civile et pénale du contrefacteur.
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Publié à 15:58, le 5/08/2006 dans H1. La VALLEE des FLEURS |
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L' ALTITUDE
CHEZ
LES SINGES
Je n'ai pas l'âge de la sérénité hormonale
je suis un singe qui prétend à la Sagesse
(Homo Sapiens Sapiens a de nobles prétentions)
comment agir, en attendant
que le temps fasse son oeuvre ?
Ou la mort, d'une facon ou d'une autre ?
Je n'ai pas l'âge de la sérénité hormonale
Qu'un gros longo veuille me voler dix bananes
je gorille ! Maître Longo doit y renoncer...
Cette poussée d'agressivité, est-ce la Sagesse ?
Sur les chemins du Ciel, les singes sont légions
l'oxygène rare, les cascades somptueuses
Je n'ai pas l'âge de la sérénité hormonale
c'est regrettable en Inde, où les femmes
farouches, sont étroitement surveillées
où les Occidentales solitaires sont aussi rares
dans l'Himalaya que les cyber-boutiques
alors je m'assume singe :
on en trouve à des altitudes surprenantes !
Je n'ai pas l'âge de la sérénité hormonale
certains conservent leurs pulsions viriles
après avoir épuisé la question
- leur programmation ayant été excessive -
j'aimerai me passer d'une telle corvée
mon ange-gardien devrait y pourvoir
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 15:07, le 5/08/2006 dans G3. L ALTITUDE chez les SINGES |
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À la SOURCE
du GANGE :
GAUMUKH
Je rencontre Scott pour la première fois à Gangotri juste avant la tombée de la nuit. Je discute avec le manager du Niketan Bhavan pour louer le chalet n° 8, quand un huluberlu déboule, un bonnet enfoncé sur le crâne, pour se mêler à notre conversation. En tournée de comparaison des chambres du coin, cet escamoteur repart aussi vite qu'il est apparu...
Je me tourne vers Sumersinghrana. A la descente du bus en provenance d'Hanuman Chatti, il m'a proposé une chambre pour 100 roupies au Niketan Bhavan, où je l'ai suivi et ses services de guide jusqu'à Gaumukh et Tapovan. A 8 heures ? Je trouve ce départ trop tardif... Tant pis !
- "It's O.K. To morrow morning at 8 o'clock !"
Nous nous serons la main, puis je m'installe dans le chalet pour la nuit.
A 7h, je maraude au bord du Gange, qui postillonne joyeusement, en attendant qu'un barbier me fasse peau neuve.
Avec mon guide, nous quittons Gangotri (situé à 3048 m) vers 8h pour une randonnée de 19 km.

Le sentier à travers le parc naturel monte progressivement, franchit plusieurs torrents. La matinée s'éclaircit, devient presque radieuse. Je savoure cette chance en suivant les pas de Sumersinghrana.


Nous remontons le cours du Gange au plus près, ou à flanc de collines. Le temps change constamment, les nuages reviennent très vite. Peu à peu, je ressens les effets de l'altitude. Prendre des photos me permet de soustraire quelques brèves pauses.


Au loin, nous apercevons les monts Bhagirath, au-dessus de la vallée de la Bhagirathi (le Gange).

Le sentier franchit souvent des éboulis, des crêtes en bordure de précipices. Nous ralentissons. Prendre le temps de respirer régulièrement, pour s'acclimater à l'altitude, est nécessaire.

En chemin, nous faisons une pause dans une des tentes, sous lesquelles on peut boire du thé, manger et s'allonger quelques minutes.

En début d'après-midi, Scott réapparaît à Bhojbasa (altitude : 3782 m).
Attablés avec Sumersinghrana devant une tente-cantine, plantée sur un côteau qui domine la vallée du Gange, nous savourions un thé. Quand le zigoto de la veille ressurgit, le bonnet vissé jusqu'aux sourcils.
- "Hi ! Did you have a good day ?"
Nous éclatons de rire. Aussitôt, il m'informe des possibilités de logement. Le premier est trop cher. Le bruit et une ambiance peu sympathique excluent le second. Le meilleur est un campement planté en contrebas, non loin du Gange (150 roupies la nuit, dîner compris). Comme Sumersinghrana partage cet avis, nous y dormirons. Scott commande un thé, s'attable.
Au bord du sentier, des gourdes pleines d'eau du Gange sont suspendues à une potence de bois. En chemin, nous avons rencontré des pèlerins aux gourdes fixées par une large ceinture orange.

J'accompagne mon guide qui dévalle la pente menant tout droit au campement choisi.
Son manager est une femme, au sourire accueillant. Comment ne pas rester ? On m'indique une grande tente.
C'est là que viennent s'installer un peu plus tard Scott, suivi par cinq jeunes Francais. En somme, la "Tente Occidentale" de Bhojbasa...
Sumersinghrana s'allonge dans la tente voisine, réservée aux guides. Il a 29 ans, mais en paraît au moins 35. Petit et fluet, il ne semble ni en grande forme ni même en bonne santé. Son bonnet quitte rarement sa tête. Toute la matinée, il a profité de la moindre pause pour se griller une cigarette.
- "It's for energy !", explique-t-il avec son sourire triste.
On entend le grondement continu des eaux de la Bhagirathi (qui prend le nom de Gange en aval, à partir de Deoprayag). Des nappes de brume descendent lentement sur la vallée. Le temps se dégrade, il pluviote sans cesse.
J'enfile ma veste à capuche et traverse une cinquantaine de mètres jusqu'à la berge. La puissance des eaux torrentueuses m'impressionne.
Prière sous la pluie et les éclaboussures du Gange.
Sous la tente, longue discussion avec Scott, Néo-Zellandais de Christchurch.
Il ouvre un livre sur l'Uttaranchal, doté d`une carte très précise, utile pour les treks. Il souhaite aller le lendemain à Gaumukh, poursuivre jusqu'à Tapovan, 4 km plus loin. En ce cas, il aura besoin d`un guide. Sumersinghrana m'avait proposé une deuxième nuit en bivouac à Tapovan. Cela me tentait, par beau temps. Mais après une belle matinée, lumineuse, l'après-midi se présentait mal. Pluie et vent, voilà notre présent. Les heures s'écoulant avec lenteur sous la tente...
Scott a travaillé dans les services sociaux de Christchurch. Dans son pays, le crack et même le crystal font des ravages...
Les cinq Francais se sont connus à l'internat de leur école d'ingénieur à Chalons pendant deux ans. Ils viennent de terminer leur troisième année à Paris, aux Arts et Métiers.
Certains hésitent à aller à Tapovan à cause des risques de crevasses.
L'un d'eux défend avec vigueur l'idée d'aller à Nandovan, après Gaumukh.
En réalit&åacute;, tout dépendra du temps qu'il fera demain. Si ce temps pourri continue, je n'irais ni à Nandovan (4340 m), ni à Tapovan (4460 m). Je ferais comme prévu les cinq kilomètres jusqu'à Gaumukh, mon principal objectif.
Les heures se traînent.
On sort de temps à autre pour se dégourdir, mais la pluie nous fait rentrer assez vite. Les étudiants accumulent parties de cartes sur parties de cartes, en comptant scrupuleusement les points.
Scott discute surtout avec celui qui baragouine le mieux l'anglais. Son visage fin, buriné, porte des rides. Il est moins jeune qu'il n'en a l'air. Sans doute, entre 39 et 41 ans.
Ayant eu ma dose de paroles, j'en profite pour écrire tranquillement, à mon aise. Un étudiant s'approche : "Dis-donc, ton guide n'est pas très dégourdi. Je lui ai demandé son avis sur Nandovan, mais il n'a pas l'air d'être vraiment au courant..."
Après un petit tour à l'extérieur, Scott annonce qu'il partira demain pour Tapovan avec un guide dont il vient de faire la connaissance. Il doit se lever à 6h. Sur ce, il s'engouffre dans son duvet et l'on ne l'entend plus.
La nuit tombe. Sous la tente, couvertures et duvets sont installés depuis longtemps. L'annonce du dîner déclenche des grognements de satisfaction.
Deux services sont prévus, ma rapidité me vaut d'être du premier service.
Sous la tente principale, le cuisinier est un jeune, d'humeur joyeuse. En plaisantant, il nous prie de nous asseoir. Que va-t-il nous proposer ? Il nous offre le thé, demande à chacun de se présenter. Avec lui nous sommes six : un Indien, trois étudiants et moi. Le thé est brûlant, mais j'en savoure chaque petite gorgée. Notre hôte remplit ensuite des assiettes en carton avec une bouillie à base de riz.
- "Kitiri ! Kitiri ! Kitiri ! Kitiri !", répète-t-il à chaque fois, en faisant circuler une assiette pleine. Il semble ravi de nous gâter. La tente étant mal éclairée, je m'interroge sur les ingrédients du Kitiri. Mais cette bouillie reconstituante procure une bienfaisante chaleur, qui rayonne dans tout le corps.
-" Il y a même des morceaux de viande !", apprécie Pierre, et chacun approuve, en raclant soigneusement le fond de son assiette. Ce Kitiri est délicieux ! Notre cuisinier malicieux propose une deuxième tournée et tout le monde tend son assiette ! Je fais partie de ceux qui acceptent une troisième ration de Kitiri... Cette bouillie est idéale pour satisfaire notre estomac, après le treck depuis Gangotri, juste avant de se fourrer au chaud dans notre duvet.
La nuit est courte. Je me réveille vers 1h. Gros problèmes pour me rendormir. Serait-ce l'altitude ? Aussi, je me lève le premier, avant 6h. Temps brumeux de mélasse, entre nuit et jour, avec une pluie fine... Deux ou trois personnes remuent dans le campement. Après une toilette de chat, je dis bonjour à Sumersinghrana, encore allongé sous sa tente, déjà ouverte. Je préfère partir assez vite. Cela n'a pas l'air de l'enchanter...
Scott est sorti discuter avec le guide d'hier-soir.
Après un thé, Sumersinghrana m'annonce que je n'ai à régler que 150 Rs, sa nuit dans la tente des guides étant gratuite.
Quelques Francais ont mis prudemment un pied hors de la tente.
Vers 6h45, nous voilà partis sous la pluie, mon guide avec son inséparable bonnet sur la tête, moi encapuchonné dans ma veste.
Une heure de marche plus tard, arrêt sous une tente-cantine pour un petit-déjeuner. Thé et aloo paratha, comme d'habitude.
Dix minutes plus tard, Scott nous rejoint, tout sourire. Qu'a-t-il fait de son guide ? A cause du mauvais temps, il y a renoncé. Voilà qui a du lui faire plaisir ! Scott n'ira probablement pas à Tapovan. Nous attendons qu'il finisse son repas avant de repartir vers Gaumukh.
A un moment, le chemin bifurque. Sumersinghrana s'arrête, me montre le sentier montant sur la gauche : "It's the way to Tapovan !" Regrette-t-il ma décision de ne pas y aller ? C'est probable.

Un oratoire sur le chemin de Gaumukh.
Nous arrivons à Gaumukh plus tôt que je le prévoyais, car nous avons marché à un rythme soutenu depuis Bhojbasa. Situé à 3892 m, le glacier de Gaumukh est magnifique. Il est à la source de la Bhagirathi, c'est-à-dire du Gange. Au bord de l'eau, une dizaine de pèlerins font trempette, ou prient.
Comme je m'avance pour photographier le glacier, des cris m`alertent. Je me retourne et mon guide me demande de rebrousser chemin. En effet, des craquements sont nettement audibles. De temps en temps, des blocs de glace se détachent et s'écrasent en contrebas. Cinq minutes plus tard, après de nouveaux cris d'avertissement, c'est Scott qui doit reculer.
Nous admirons longuement les blocs de glace, les nuances des blancs et des gris, une atmosphère de solitude minérale.
Scott m'apprend que ce matin, mon guide était en colère à cause de mon envie de partir si tôt. Je préfère en sourire...
Il me tend son appareil pour que je le photographie devant le glacier. Je prends deux clichés, puis lui demande de me rendre le même service avec mon Canon.

Sumersinghrana nous rejoint, pressé de rebrousser chemin. Adieux chaleureux avec Scott.
Et mon guide me précède sur le sentier qui descend, où nous croisons des pèlerins.

A Bhojbasa, il est 10h passées, mais les cinq étudiants sont encore sous la tente... Notre arrivée les décide à se lever et à s'habiller. Je les motive pour aller entendre mugir le Museau de la Vache !
Sur le côteau, Sumersinghrana demande une halte à la tente-cantine perchée au-dessus de Bhojbasa. Il a encore faim !
Je m'allonge, ferme les yeux pendant un quart d'heure. Ensuite, je constate qu'il boit son thé. A-t-il mangé quelque chose ? Gêné, il me répond qu'il va commander à manger...
Alors je remets mes chaussures, annonce le départ et reprends le sentier.
Pendant les 4h30 que dure la descente jusqu'à Gangotri, je garde la tête, donne le rythme de la marche, avec une énergie inépuisable. Mêmes les petites averses me réjouissent, participent à cette fête au pas de course.
Mon but est simple : arriver le plus tôt possible pour prendre un bus pour Uttarkashi. Pendant mon repos dans la gargote, j'ai décidé d'y arriver le soir-même. Effectivement, j'allais y parvenir, mais en jeep, et faire connaissance avec Crazy Driver...

Le Gange à Gangotri.
Je pensais croiser à nouveau la route de Scott à Badrinath ou ailleurs, au-dessus de 3000 m d'altitude. Pour l'instant, cela n'a pas été le cas. Quelque chose me dit que je reverrai sa dégaine en veste léopard, bonnet rabattu sur les oreilles.
Lionel Bonhouvrier.
DROIT D'AUTEUR :
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Toute reproduction ou représentation, sans autorisation préalable de l'auteur, en tout ou partie, de tout texte présent sur ce site à d'autres fins sur un quelconque support est interdite.
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Publié à 15:59, le 27/07/2006 dans E5. A la SOURCE du GANGE, GAUMUKH |
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RISHIKESH ou le SERPENT de LAXMAN JHULA
Dans le quartier de Laxman Jhula, à Rishikesh, j'aime monter ou descendre une rampe à flanc de colline. Elle relie la partie nord, où stationnent les tempos, à la place centrale débouchant plus bas sur le pont.
C'est un concentré de vie, mais aussi un ralentisseur, qui engendre des sensations et des sentiments variés.
Au sommet de la rampe, deux temples couronnent la colline de chaque côté de la rue. La vue y est magnifique sur le Gange et toute la vallée, y compris sur les deux principaux temples, qui encadrent le pont de Laxman Juhla.
A la sortie des temples, la rampe dévalle la colline. Des deux côtés, de nombreux commerces sont autant d`occasion de s`arrêter.
Le bas de la rampe est dégagé, on n'y trouve aucun commerce. Mais c'est un excellent emplacement pour exercer la mendicité. Sur une quinzaine de mètres, entre douze et quinze mendiants, hommes et femmes, attendent patiemment, font tinter leurs coupelles à l'approche des passants.

Que l'on monte ou que l'on descende, ils vous dévisagent à leur aise. Beaucoup de gens se sentent obligés de leur donner une aumône. Quand je serai mendiant, je chercherai un coin comme celui-ci. Que le soleil étincelle ou qu'il pleuve, ils ouvrent un parapluie, car il est évident que s'ils quittaient leur place, elle serait aussitôt prise par un collègue.

Si vous montez la rampe, une petite halte en son milieu est la bienvenue, surtout par une chaleur accablante. Pour retrouver le souffle, le passant regarde, peut se laisser tenter par les échoppes, bien garnies en bijoux, objets d'artisanat, pierres semi-précieuses, gemmes, une foule d'attrape-poussière absolument irrésistibles.

La rampe est moins constituée de marches que de grandes dalles. Passer de l'une à l'autre n'est pas toujours possible en une seule enjambée.

La descente est souvent une épreuve de patience. Encombré, l'étroit passage bouchonne à cause de la lenteur de nombreuses femmes. Clopin-clopant, elles se dandinent, descendant pas à pas, de biais, comme s'il leur était impossible de marcher face à la pente.
Presque à chaque descente, je me heurte à cette grâce de canards et je dois me forcer à garder mon sérieux.
De nuit, l'absence d'éclairage transforme la rampe en un monde mystérieux, labyrinthe obscur - un cauchemar pour certains, qui l'évitent, préférant emprunter les lacets de la route. Cela rallonge leur chemin.
Plusieurs fois, par manque de visibilité, j'ai failli trébucher, situant mal les marches ou les dalles...
Timides ou imaginatifs peuvent craindre d'être assaillis par une ombre, réelle ou fictive, blottie dans un des nombreux recoins obscurs disséminés au fil de la rampe.
Car cette rampe est un serpent à sonnettes, dont les temples forment la tête. Les mendiants aux sébilles forment les anneaux de sa queue. Les dizaines de boutiques nichées au creux des lacets représentent la souplesse de son corps, stimulé par l'argent. De jour, le serpent reste immobile. Mais la nuit venue, le serpent se contorsionne souvent dans l'ardeur des passions inassouvies, il demande des comptes à Dieu. Sa langue siffle et persiffle sous les étoiles.
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 13:37, le 26/07/2006 dans D3. RISHIKESH ou le SERPENT de LAXMAN JHULA |
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APOLOGIE du TRAIN
En trois semaines, j'ai passé cinq journées et demie enfermé dans des bus (sans compter quelques trajets de moins de deux heures).
Et ce n'est qu'un début...
Aussi, par compensation, vais-je comparer le train et le bus.
Dans le train, on peut marcher pendant les longs trajets, se détendre. Au cours de mes deux premiers voyages en Inde, j'y ai souvent dormi, de nuit comme de jour, allongé sur une banquette pour quelques heures de repos. Il est aisé d'y lire, d'y manger et même d'y écrire (ce qui pour moi est décisif ).
Essayez de faire tout cela dans un bus en Inde !
Le train est très bon marché, davantage encore que le bus.
En seconde classe, on peut voyager en train dans de mauvaises conditions : debout dans un couloir ou serré dans des compartiments suroccupés...
Mais le train est beaucoup plus confortable que le bus.
Avec un billet de train, on peut accéder aux Retiring rooms dans certaines gares (un lit en dortoir, avec accès aux douches, et une consigne pour ses affaires).
Dans les salles d'attente des gares, on peut se laver, se raser, se doucher même, ou recharger la batterie de son portable ou de son appareil photo.
Pouvez-vous bénéficier de tout cela en achetant un ticket de bus ?
Ma conclusion sera sans nuance.
Si vous avez le choix, pour un trajet précis, entre le train et le bus, n'hésitez pas une seconde. Tranchez toujours pour le train.
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 11:34, le 26/07/2006 dans F. APOLOGIE du TRAIN |
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CRAZY DRIVER
"Je ne suis pas homme à craindre le non-être
Cette moitié du destin me plaît mieux que l'autre moitié,
C'est une vie qui me fut prêtée par Dieu,
Je la rendrai quand il faudra la rendre."
(Omar Khayyam).
Après le trek de deux jours jusqu'à Gaumukh, je récupère mon sac-à-dos déposé en consigne à l'auberge de Gangotri, fais mes adieux au manager.
Au terminal routier, je constate que le dernier bus est parti. Des jeeps collectives conduisent à Uttarkashi pour 100 roupies. Trois ou quatre chauffeurs me sollicitent. Suivons l'un d'eux, au hasard. Il accepte que je case le gros sac sur la banquette arrière (et non sur la galerie), car je crains d'autres averses. C'est un bon point pour lui.
Assis contre une portière, j'attends le départ. Un seul passager vient d'entrer à l'avant. Le chauffeur, au soleil sur le capot-avant, crie d'une voix de chouette : "Uttarkashi ! Uttarkashi !"
Sur la place, des policiers montrent leur uniforme. Un policier donne un coup de sifflet martial, accompagné de mouvements de bras. Mais la régulation des manoeuvres des jeeps et des bus n'a guère besoin de lui.
Un mendiant tourne autour de la jeep, se décide. Devant ma portière, son visage buriné me sourit maladroitement. Il fait le signe de manger, montre le moignon de son bras gauche. Je lui donne une pièce de 5 Rs : "For a chai !" Il s'incline, traverse la place vers une gargote. Va-t-il acheter un thé ? Il hésite, préfère continuer son chemin.
Peu à peu, des voyageurs grimpent dans la jeep. Après une demie-heure, constatant que huit passagers sont sagement installés, le chauffeur lance la jeep.
Serions-nous en retard ? Le chauffeur fonce en vrai pilote de rallye ! Nous sommes trimballés en tous sens, je m'accroche à la banquette avant. Trois adolescents pèlerins ont pris place sur notre banquette. Le plus proche me pose en anglais les questions habituelles : Quel est mon pays ? Quelle est la durée de mon voyage en Inde ? Qu'ai-je déjà vu ?
Je lui réponds volontiers, entre deux cahots et deux coups de claxon. Au bout de dix minutes, il cesse de m`interroger. Le chauffeur tripote constamment les cassettes, les fourre dans le lecteur, en change. Le niveau sonore atteint des sommets...
Je suis bien placé, côté ravin, pour admirer les gorges du Gange, si profondément entaillées, qu'il est parfois difficile d'en apercevoir le fond. La jeep dévalle la route en cahotant, pas question de s'arrêter pour contempler le paysage... Toutes les cinq secondes, notre pilote claxonne des piétons, une vache, un véhicule venant en sens contraire, un autre qu'il veut absolument doubler. Ce ne sont pas les occasions qui manquent !
Le paysage est d'une grande beauté. J'aurais dû prendre un taxi pour demander à m'arrêter où je souhaitais... Notre conducteur-fou se moque de mes états d'âme. Il doit dévaller les 97 km jusqu'à Uttarkashi en 4h et demie. Sa réputation est en jeu...
Peu à peu, la vallée se transforme. Les gorges sont moins profondes, le Gange devient nettement visible en contrebas. Après 20 km, mon voisin-questionneur quitte la jeep, les deux autres adolescents passent devant.
D'autres voyageurs ont fait monter à onze, notre équipage.
A l'avant, c'est la fête.
Crazy Driver se shoote au claxon, manie le volant comme un as de pique, s'énerve parce qu'une cassette vient de se bloquer dans le lecteur. Les deux ados sont aux anges de rouler à tombeau ouvert dans une boîte-de-nuit ambulante. La voix sirupeuse d'une chanteuse populaire hurle les méandres de son spleen, accompagnée de cordes expressives, étirées à l'infini. Les vaches, les passants, les chiens, jusqu'aux poissons du Gange, tout le monde en profite ! Les deux ados et Crazy Driver s'entendent à merveille. On se passe des cigarettes et du feu, cela empeste le tabac. En tirant sur son chilom, Crazy Driver accélère, claxonne à n'en plus finir, monte le son de la musique au maximum.
Après deux heures d'un tel régime, je sens monter en moi des envies de meurtre. Nous allons tous finir les quatre roues en l'air dans un ravin ! A travers la fumée, je fais signe et ordonne à un des ados de baisser la musique. Puis, je me rencogne contre la portière en essayant de penser à autre chose. Dix minutes plus tard, Crazy Driver pousse de nouveau le son à fond... Ce matamore à petite moustache m'exaspère. Au lieu de se concentrer sur la conduite, ce disc-jokey raté passe la moitié de son temps à tripoter le lecteur et les cassettes... Mêmes ses petits mots attentionnés aux chauffeurs de jeeps que nous croisons m'énervent... En deux heures, Crazy Driver a stressé, perturbé des centaines de personnes, d'animaux. Traversant chaque localité, il appuie à fond sur son avertisseur sans ralentir, obligeant les piétons à des sauts de carpe pour éviter l'écrabouillement.
Et nous en avons pour deux heures, avant la fin de ce rallye Gangotri-Uttarkashi...
Décision réfléchie de rester zen... Pourquoi penser au pire ? Crazy Driver a survécu à des années de conduite démentielle.
Evidemment, mourir en si mauvaise compagnie me déplairait. Pour des raisons esthétiques.
La question-clé est plutôt : suis-je prêt à mourir maintenant ?
C'est le cas, semble-t-il. Alors, le reste est de peu d'importance.
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 14:04, le 25/07/2006 dans E4. CRAZY DRIVER |
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CHAR DHAM
Le Char Dham, c'est un pèlerinage hindouiste vers la source spirituelle des quatre fleuves sacrés :
le Gange, la Yamuna, la Mandakini et l`Alaknanda.
Ils naissent dans l'Himalaya, à l'extrême nord de l'Uttaranchal (Uttarakhand), au-dessus de 3000 m ou de 4000 m, selon les fleuves.
J'ai accompli ce pèlerinage du 7 au 23 juillet.
Non pour des raisons religieuses, car je ne suis pas hindouiste, mais pour des raisons diverses.
Les lieux de pèlerinage sont :
Gangotri et Gaumukh pour le Gange
Yamunotri pour la Yamuna
Kedarnath pour la Mandakini
Badrinath pour l'Alaknanda.
Lorsque des prêtres-sangsues flairent en vous le pigeon, à délester de quelques centaines de roupies pour une puja (une offrande), j'ai recours à un motif religieux pour refuser.
- "I am a Christian !"
Cela refroidit leur ardeur et les ramène à une vision plus spirituelle de leur rôle.
D'ailleurs, je ne refuse pas systématiquement les offrandes.
Quand je rencontre un prêtre sympathique, nous essayons de discuter, et nous nous séparons contents de cet échange. Alors, je laisse quelque chose, comme un caillou sur une tombe...
Cela m'est arrivé plusieurs fois l'an passé en Inde du sud. Mais c'est rare.
Au cours de ce Char Dham, je n'ai croisé que des prêtres fort soucieux de leurs intêrets matériels. A leur décharge, trente Hindous attendent derrière moi pour présenter leur puja. Mon refus compte peu.
C'est un travail à la chaîne.
Assis en tailleur, les prêtres expédient les affaires du Ciel avec brio. Quel boulot !
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 14:05, le 24/07/2006 dans E3. CHAR DHAM |
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SOURCES D ' EAUX CHAUDES
Au cours du Char Dham, à part les objets habituels, deux accessoires sont indispensables : un maillot de bain et une serviette.
La source spirituelle de la Yamuna est fixée à Yamunotri (3185 m), mais sa source réelle est un glacier culminant à 4221 m.
D'Hanuman Chatti, où j'ai loué une chambre, on peut monter à 6h du matin dans des jeeps collectives jusqu'à Janki Chatti (2650 m).
De là, certains grimpent sur des poneys ou des mules. Mais la randonnée à pied jusqu'à Yamunotri, très agréable, ne prend que deux heures.
A Yamunotri, les temples de Rama et d'Hanuman ne méritent qu'un coup d`oeil. En revanche, des bassins sont alimentés par une source d'eau chaude. S'y enfoncer progressivement, quel régal ! A 9h30 du matin, l'air est encore frais, c'était la fête ! Après la matinée de marche, dans ce cadre de haute montagne, je me découvre poisson... Ensuite, le plus difficile est de se décider d'en sortir.
Des Indiens m'entourent et nous bavardons tranquillement. Rien que des hommes, rassurez-vous !
Un autre bassin est réservé aux femmes et aux enfants.
A Gangotri, je n'ai pas vu de bassin d'eau chaude, et c'est dommage, car cela m'aurait délassé des deux jours de trek jusqu'à Gaumukh.
Mais j'ai renouvelé cette expérience à Gaurikund, après le trek de 28 km pour Kedarnath. Ce soir là, le bassin est presque vide. Une fontaine l'alimente et chacun s'accroupit à tour de rôle pour une douche chaude bienfaisante. Il y a la queue, on ne peut y rester que quelques secondes (mais rien n'empêche de passer sous la douche plusieurs fois).
Quand on marche dans le bassin, une eau vous ébouillante parfois les pieds. Elle arrive par d'autres voies et je comprends alors pourquoi certains poussent des cris lorsqu'elle leur lèche un pied ou les fesses.
A Badrinath, entre le temple et le fleuve, un véritable complexe aquatique permet de se baigner dans de l'eau chaude. Cette fois, j'avais oublié mes accessoires. Mais la promenade à Badrinath ne demande aucun effort et j'avais hâte d'aller à Mana.
Sur les bas côtés des bassins, les uns se savonnent, se font un shampoing. D'autres lavent du linge. C'est tout de même plus facile à l'eau chaude...
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 14:01, le 24/07/2006 dans E2. SOURCES d EAUX CHAUDES |
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YAMUNOTRI : PELERINS du GUJARAT
Après le trek à Yamunotri, je me repose dans une Guesthouse à Hanuman Chatti, lorsqu'une musique entraînante, des chants, des claquements de mains, m'obligent à sortir de ma chambre.
Sur la place, une cinquantaine de personnes assises en cercle sur des couvertures, chantent avec un entrain communicatif. Beaucoup d'hommes portent une tunique blanche, certains un turban. Les femmes, moins nombreuses, regroupées entre elles, tête nue le plus souvent, sont vêtues de tenues colorées. Tenaillé entre l'envie de battre des mains comme eux ou de les photographier, je choisis la photographie. D'abord de loin. Puis je me rapproche progressivement. Cela ne les gêne pas.
Au centre du cercle, le joueur de tambour lance une phrase, reprise par les autres sur un rythme à deux temps, que tous marquent en frappant des mains. Un maigrichon en K-way bleu, capuche rabattue sur la tête, mène le chant d'une voix fluette. A leur côté, un moustachu baraqué assis en tailleur agite deux sortes de castagnettes de métal rectangulaires au-dessus de sa tête. Yeux fermés, il vit la musique avec passion. Tous l'encouragent lorsqu'il débute une séquence frénétique, agitant les bras en tous sens.
Il n'y a que deux autres musiciens, qui font sonner des coupelles métalliques au rythme des chants. Des dizaines de spectateurs entourent le groupe. Certains battent des mains et l'un d'entre-eux m'encourage à l'imiter. Tout le monde a le sourire. Cette fête de rue inattendue m'enchante. En frappant des mains, des participants me font de petits signes de tête. Je médite quelques gros plans quand les chants s'arrêtent. Tous se lèvent en discutant.
Le chef du groupe vient me saluer, m'apprend qu'ils viennent à pied en pèlerinage depuis le Gujarat...
Il me présente un homme qui parle correctement l'anglais. Ce délégué à la communication précise qu'ils marchent en moyenne 40 km par jour. Depuis Ahmedabad, ils ont traversé le Rajasthan, visité Agra, Mathura, Delhi, etc.
Ils reprennent la route demain à 6h pour Yamunotri. Je ne cache pas mon admiration. Le chef me présente deux Anciens, des "Seniors Citizens" d'Ahmedabad. Inclinaisons respectives...
Le chef m'invite alors à partager leur dîner. Difficile de refuser une invitation aussi simple, chaleureuse. J'accepte sans hésiter.
Les couvertures ont été alignées sur le sol, comme des sièges. Des tréteaux ont été installés. Chacun défile pour recevoir une assiette et un thali, composé de morceaux de chapatis, de sauce, d'une coupelle de lait.
Le délégué refuse que je m'asseye sur une couverture, me conduit à une table, où il m'invite à prendre une chaise. Puis il s'assied en face de moi pour me tenir compagnie.
Je partage les honneurs du groupe avec un saddhu aux allures de rasta, qui trône dans un fauteuil de jardin en plastique avec dignité.
Assis sur les couvertures, les pèlerins mangent en bavardant ou en silence, avec lenteur. Certains se lèvent pour obtenir du rab.
Après le repas, le chef m'apprend que leur groupe compte près de quatre-vingt personnes, dont une vingtaine de femmes. Il me montre un camion, qui transporte le matériel nécessaire à leur ravitaillement, comme des bombonnes de gaz. Deux voitures complètent leur convoi. Il me présente un Ancien qui a parcouru toute l'Inde à pied. Comment ne pas s'incliner ?
Un autre pèlerin s'approche, plein de sympathie, que j'interroge :
- "Comment arrivez-vous à marcher ainsi ? Vous n'êtes pas fatigué ?"
- "Ce n'est pas moi. C'est Dieu qui me donne la force !"
Lionel Bonhouvrier.
DROIT D'AUTEUR :
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Publié à 09:36, le 19/07/2006 dans E1. YAMUNOTRI, PELERINS du GUJARAT |
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RISHIKESH : INCREDIBLE YOGA

Avez-vous pratiqué le yoga ?
Je n'avais jamais essayé avant d'arriver à Rishikesh.
J'y fais connaissance avec des adeptes du yoga : Elisabeth (une Française), Giuzy (une Italienne) et Luisa (une Irlandaise). A force de les entendre parler de yoga, je me laisse convaincre. Dans l'ashram d'Elisabeth, un cours pour débutants commence à 8h30.

J'arrive un des derniers dans la salle de yoga, où nous sommes neuf élèves, dont Luisa et Elisabeth. En majorité, des jeunes femmes. Avec deux Japonais, nous ne sommes que trois hommes.
J'installe donc mon tapis de sol dans le fond, assez loin du professeur.
La séance commence intensivement par des exercices de gymnastique au sol. Etirements variés des bras et des jambes, auxquels je m'attendais peu. Je transpire très vite. Heureusement, les ventilateurs fixés au plafond fonctionnent avec une régularité rafraîchissante.
Après chaque exercice, nous nous allongeons sur le tapis et le professeur entonne d'une voix lancinante : Relax in your head... Relax in your body... Relax in your mind...
Je prends goût à cette mélopée, qui me permet de récupérer.
Tout cela ressemble plus à la gymnastique occidentale qu'à l'idée que je me faisais du yoga...
Le professeur pose sa tête sur le sol et fait un poirier. Je n`ai jamais réussi un poirier de ma vie ! En élève consciencieux, j'essaye une dizaine de fois de maintenir mon corps vertical, tête au sol et pieds en l'air, en vain... Je finis même par faire une roulade avant, pour me rétablir sur les talons... A gauche, la Japonaise ne s'en sort pas mieux. Luisa, installée à ma droite, vient de déplacer son tapis de sol de cinq ou six mètres vers l'entrée.
Relax in your head... Relax in your body... Relax in your mind... Le professeur répète sa litanie en marchant autour de la salle pour que chacun entende sa voix malgré le bourdonnement des ventilateurs.
Il s'allonge, bascule vers l'arrière, maintient ses jambes en l'air en tenant son dos avec ses mains. Facile ! Je l'imite aussitôt. Ensuite, il commence une série d'exercices de contortionniste. Visiblement, notre professeur se fait plaisir, veut nous en mettre plein la vue. Mes petits-ponts sont poussifs, comparés à ceux de quelques élèves, moins novices. Je suis conscient de leur faible amplitude... Et de mon manque de souplesse. J'essaye de gagner du temps en commençant après le signal et en finissant un peu avant...
Ouf ! Relax in your head... Relax in your body... Relax in your mind...
Ce cours d'une heure et demie s'achève en apothéose. Le professeur s'assied en position de yoga, s'appuie sur ses mains, se soulève à une dizaine de centimètres du sol. Du coup, je manque de salive... Pour commencer, j'aurais aimé qu'il nous montre mieux la position de yoga. Quant à décoller du sol, quelques heures de travail seraient nécessaires pour y parvenir !
Deux autres exercices de voltige suivent, plus compliqués. J`attends avec impatience les pauses : Relax in your head... Relax in your body... Relax in your mind...
Puis, nous devons tortiller bras et jambes en maintenant le dos bien droit. Essayez un peu !
Relax in your head... Relax in your body... Relax in your mind...
A dix heures pile, le cours se termine de façon abrupte. Chacun prend son tapis de sol pour le ranger sur la pile de tapis près de l'entrée. Je fonce jusqu'au petit lavabo pour me rafraîchir... Luisa m'y rejoint, me sourit : " Come !"
Et elle me montre sur la moquette une tâche de merde, encore fraîche, d'une taille respectable... Aussitôt, le sloggan de l'office du tourisme indien me vient aux lèvres : "Incredible India !" Nous en rions et Luisa m'explique qu'elle a failli mettre le nez dans cette merde. C'est pourquoi elle a changé de place.
- " Mais le professeur ? Il ne fait rien ?"
- " No ! Il s'en moque ! Il ne veut même pas faire nettoyer cette merde !"
- " Nevermind, Luisa ! Relax ! Relax in your head... Relax in your body... Relax in your mind... "
Lionel Bonhouvrier.
DROIT D'AUTEUR :
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Publié à 13:55, le 18/07/2006 dans D2. RISHIKESH, INCREDIBLE YOGA |
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VIVE LE FOOT !
Quand j'arrive de l'aéroport à la réception de l'hôtel Navrang, vers 1h du matin, je retrouve le patron, inchangé.
- Hello, sir ! Je suis venu chez vous, cela fait trois ans. Je suis de retour !
- Et moi, je suis ici depuis trente ans !
La première demie-finale, Allemagne-Italie, passe sur le téléviseur de la réception. Impossible d'échapper au football ! Score encore vierge. C'est la Coupe du Monde 2006, et la coupe n'est jamais pleine, le monde n'est jamais saturé de foot.
Depuis, je bulle à Paharganj.
Pas question de jouer au touriste de Old Delhi à New Delhi.
Je me promène dès qu'une coupure d'électricité arrête le ventilateur, transforme ma piaule en sauna. Rester allongé devient trop pénible. J'obéis à la loi du moindre effort. Douche.
Au petit-déjeuner, le garçon d`une German Bakery m'apprend la victoire de l`Italie 2-0 contre l'Allemagne.
Exploration à pied du quartier.


Lionel Bonhouvrier.
Pendant une heure, je cherche un loueur de vélo.
Le seul, c'est Mister Balu, un Occidental malin, qui essaye de me louer une moto, puis un scooter, pour deux mois. Je voulais seulement louer un vélo pour un ou deux jours ! Cela ne se fait guère à Delhi... Elle est belle, la capitale ! Mister Balu m'est sympathique, comme son copain, fringués plein cuir en fanas de Harley. Il me tend sa carte. Quelle reconversion pour d'anciens soixante-huitards ! Des hôtels, des boutiques un peu partout en Inde et dans le monde. Un ranch à Udaipur ! Camps et houseboats à Pushkar, à Srinagar....
- You're really a business man ! And I'm a poor teacher...
Mais comme il me trouve sympa, il affirme que le plus beau métier du monde, c`est teacher... Ouais, c'est moins mondialisé que le business, et cela rapporte beaucoup moins.
J'occupe deux heures à errer dans les rues de Paharganj.
Une photo de temps à autre, pour le plaisir.
Dans la soirée, discussion avec Kan, un voisin au Navrang.
Achevant un voyage de trois mois en Inde, ce Japonais de 25 ans ramène un sitar, deux tablas, une flûte, un bol musical avec son pilon et un instrument de bois rectangulaire. Petite démonstration.
Il souffle dans le caisson de bois, dont il tire un son sépulcral, analogue à une longue trompe tibétaine. Ensuite, petit concert de sitar.
Kan est laveur de vitres des grattes-ciel d`Osaka, mais il joue suffisamment bien pour que je décolle à la hauteur adéquate.
Ce matin, le boss du Navrang me félicite. En demie-finale, la France a battu le Portugal 1-0. Je suis de plus en plus fier d'être Français. Mon futur bambino s'appelera Zidane et je lui ferai aimer l`Italie. Vivement la finale !
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Publié à 14:59, le 6/07/2006 dans B1. VIVE le FOOT ! |
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DE CLARATION D ' AMOUR
A ceux qui
bien que morts
cherchent encore
Pourquoi j'aime l'Inde ?
Car l'Inde me blinde
impossible d'y rester sentimental
je la conseille à tout Occidental
que les fantasmes sur l'unité perdue
déboussole jusqu'au délire
En Inde je me scinde
car en moi j'ai le Pakistan :
cette pureté qui tranche, poseuse de bombes
car en moi j'ai le Rajasthan :
ses déserts de pierres, où l'oasis enchante
car en moi j'ai le Kerala :
ses forêts vertes sous le soleil-lune
En l'Inde on ne peut geindre
la misère - grenade de vitalité
s'exhibe - en sentir l'odeur inoubliable
entendre ses voix, ses appels : baba ! baba !
En l'Inde on ne peut feindre
l'amour à la mort accouplés
en cris de plaisir, de douleur
font tourner la roue de renaissance
En l'Inde je me distingue
les distances donnent à l'espace son évidence
écrire nécessite du papier
un espace spirituel aux frontières légendaires
J'ai besoin d'un pays-univers
la France est ma souffrance
liée dans les plis et replis de son drapeau
El, pitié pour la France en souffrance !
Lionel Bonhouvrier.
DROIT D'AUTEUR :
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Publié à 14:07, le 5/07/2006 dans G1. DECLARATION d AMOUR |
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De la YAMUNA au GANGE
En soirée, il s'installe
à l'hôtel Ashok d'Haridwar
(coupure d'eau jusqu'à 23h30...
spleen du voyageur)
quand les pèlerins remplissent une gourde
dans les eaux sacrées du Gange
La Yamuna traverse Delhi
Mathura aux trois mille monastères bouddhiques
où est né Khrishna
Marcher des heures sous la pluie
et chanter :
- La mer n'existe pas
- Des chansons de marins
- Des paroles échevelées sur des airs d'enfance
- Tiens ! Tiens ! Voilà la mousson !
Si l'eau n'existait pas
la terre serait un désert
la vie resterait virtuelle
le fantasme d'un démiurge raté
trop dépressif pour créer
La Descente du Gange :
Shiva l'accoucheur fait passer Ganga
à travers le labyrinthe de ses cheveux
car la perte des Eaux divines
risquerait de détruire la terre
L'eau éteint le feu
l'eau inonde champs, maisons, villes...
L'eau finira par se retirer
mais comme l'inondation se répète
elle se fait rituel, devient Déluge
Bains dans le Gange :
pour éviter d'être emportés par le courant
les pèlerins se tiennent à des chaînes
fixées sur les marches
comme à autant de boucles
de la chevelure de Shiva
La soif est un amour de l'eau inaltérable
dans l'au-delà, les ancêtres réclament à boire
nous buvons aussi en leur honneur
Il n'a pas vu l'empreinte
du pied de Vishnou sur une pierre
la brume n'a cessé d'envelopper Haridwar
brume, pluie, empreintes aquatiques
qui ne laissent aucune trace
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 14:07, le 5/07/2006 dans C. De la YAMUNA au GANGE |
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En ATTENDANT la MOUSSON
DELHI-RE en SEPT CHANTS :
1/
Si vous êtes obsédé d'Unité, acharné de discorde, tendre comme une lame florentine, un avatar de Dante Alighieri, venez à Delhi.
2/
Si vous aimez la chaleur lourde, accablante, saturée d'humidité, ces cauchemars de canicule qui rendent les âmes métaphysiques, venez à Delhi.
3/
Si vous aimez un concentré de pollutions automobiles, de klaxons hargneux, d'instabilité physique pour les corps menacés de tous côtés, venez à Delhi.
4/
Treize millions de bipèdes (et de nombreux culs-de-jatte) respirent à Delhi, de concert avec les vaches, les chiens, les volailles, les ânes, les chèvres, les chats, les moutons-cochons-ânons-châtons, tout ce monde cohabite, a les ressources vitales pour faire place à davantage de touristes, ou même à des singes, des chameaux, des éléphants, des hommes à gros cigares et des femmes de petite vertu.
5/
Si vous aimez le refrain imprévisible des coupures d'électricité, cette loterie vous empêchera de sombrer dans la routine ou la paresse, les mauvais numéros sortant (d'après le Ramayana) 6.600.000.000 de fois plus souvent que le Gros Lot.
Pour oublier la virtualité des blogs, venez à Delhi.
6/
Si vous aimez les nuits agitées dans les hôtels bon marché par des réveils en sursaut après l'arrêt du ventilateur, ces réflexes de survie de quitter une chambre-sauna, avant qu'elle ne soit votre tombeau - vous les petits pains malaxés dans le four de Surya - venez à Delhi.
7/
Et la mousson, dans cette histoire ?
La mousson, on l'attend, on la renifle, on la devine, les vaches en soupirent, les chiens en couinent, lèchent leurs babines.
En attendant la mousson, les humains rasent les maisons en quête d'ombre dans la poussière des rues et la nuit, leurs cervelles bouillantes en rêvent, se dilatent de plaisir, récitent le Paradisio en italien, sans en omettre un seul vers.
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 13:07, le 5/07/2006 dans B2. En ATTENDANT la MOUSSON |
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MOnTéE AuX TEMPLES de RISHIKESH

1
A chaque étage du Temple-pyramide A
il fait sonner une cloche
D'abord, le son est clair et joyeux
il grimpe plusieurs étages avec aisance
Puis le son devient grave
il monte posément, se ménage
la fatigue l'oblige à s'arrêter souvent
la cloche sonne grave et profond
mais le son s'évapore
tant d'efforts pour un son si bref !
Atteindra-t-il le sommet ?
Epuisé, il s'écroule sur une marche.
Il atteint une cloche, tend le bras
mais il n'entend aucun son
rien que le silence

2

Dans le Temple-pyramide B
il fait sonner une cloche à chaque étage
au 1er, le son disparaît en une seconde
au second, le son dure une minute
au 3ème étage, il se prolonge une heure
au 4ème, la cloche vibre une journée
au 5ème, elle résonne une semaine
au 6ème étage, elle sonne un mois
au 7ème, le son s'éteint après un an
au 8ème, le son dure dix ans
au 9ème étage, il tient pendant vingt ans
au 10ème, il vibre quarante ans
au 11ème, la cloche résonne un siècle
au 12ème, elle se maintient cent cinquante ans
au 13ème étage, l'accès est interdit
seuls les initiés survivent à la cloche du nirvana
3
Le temple C reste encore à construire
un voyageur, qui remonte aux sources
de la Yamuna et du Gange,
descendu à l'hôtel Sun Paradise,
l'aurait vu en rêve
comme un cristal posé sur la colline
en face de Swarg Ashram
Dans cette Merveille de l'Inde
nulle cloche
on y accède par des échelles de cordes
chacun peut y grimper la nuit
dans ses rêves, mêmes les handicapés
à chaque étage, des houris vous accueillent
bras ouverts, avec des rires
des chants, qui mettent le coeur en fête
L.B
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Publié à 13:07, le 5/07/2006 dans D1. MONTEE aux TEMPLES de RISHIKESH |
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Aux HIMALAYENS
Ces Herbes de l'Himalaya sont dédiées :
à Francois Rabelais : médecin, hydropathe
Il est temps, je crois
de payer mes dettes :
à Homère, Ulysse - pour toujours !
à Francois Villon, détrousseur de vers
à Wang Wei, artiste endiamanté
à Arthur Rimbaud, Voyant aux-semelles-de-Vent
à William Shakespeare, l'Olympien
à Franz Kafka, pour la pureté tragique de son rire
à Guillaume de Saint-Thierry
à Luc, médecin, Evangéliste
à T.E. Lawrence : l'Arabe irradié de vitesse
à Charles Baudelaire : présent dans mes prières
à Fernando Pessoa, l'Alchimiste
à Francesco di Assisi, mon frère
à Jean Racine, fou de langue et d'amour
à Maître Eckhardt
à Fiodor. M. Dostoievsky, sans réserve
à James Joyce, l'Exilé sur la Terre
à Gérard de Nerval, l'Illuminé
à Cervantes, pour Pancho et son maître
à l'auteur de l'Ecclésiaste
à Basho, poète-vagabond et humaniste
à Iossip Mandelstam, pour lui-même
aux Claudel : Paul et Camille
à Walt Whitman, herboriste transcontinental
à Anton Tchekhov, aux lorgnons étincelant d'intelligence
à Henri Michaux, Barbare en mescaline
à Li-Po, ivre de Lune
à Rainer-Maria Rilke
à Bossuet, dont la prose m'emporte
à Laurence Durrell, pour son Quatuor
à Marcel Proust, prédateur sacrificiel
à Djalal od Din Rumi : danseur solaire, solitaire
à Edmond Jabès, pour Aely-Elya-Yael
à Nikos Kazantzakis
à Jack Kerouac, on the Road again
à Thérèse d'Avila, ma soeur
à Guillaume Apollinaire, au coeur d'or à vif
à Hermann Melville, de la part de Mobby Dick
à Louis-Ferdinand Céline : médecin, musicien
à Al-Mutanabi, expert à la plume et au sabre
à Pier-Paolo Pasolini
à Romain Gary, un Gros Calin
à Kabir, dont les poèmes exaltent ma joie
à Jean de Patmos, prophète foudroyant du Verbe
à Vassili Grossmann
à Khalil Gibran : soleil et source du Liban
à Paul Verlaine, pour ses impairs et pertes
à Alvaro de Campos, ingénieur
à Nicolaï Gogol : Grand Rieur d'Apocalypse
à T.S. Eliot : éclaireur de l'espace-temps
à Jean-de-la-Croix, compagnon de solitude
à Dante Alighieri, qui m'attend au Paradis
à tous ceux que j'oublie
qu'ils me pardonnent
cet hommage de l'éphémère in excelcis
Lionel Bonhouvrier.
DROIT D'AUTEUR :
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Le non-respect de cette interdiction constitue une contrefaçon pouvant engager la responsabilité civile et pénale du contrefacteur.
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Publié à 08:07, le 5/07/2006 dans G2. Aux HIMALAYENS |
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