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La MOUSSON, çA MOUILLE et ApRèS ?
Quand il pleut des heures, quand il pleut des jours, vous vous dites : c'est la mousson, ainsi va l'été en Inde. Il faut s'y faire...
Je réponds, non ! Je ne veux pas m'y faire ! Je refuse l'acceptation de l'inévitable !
La flotte, je l'ai subie pendant les six jours passés à Dharamsala. Pas un septième !
Ce septième jour, j'arrive à Rishikesh... mais la mousson aussi...
En sortant d'un cybercafé, je constate qu'il pleut des cordes, des hallebardes, à verse, comme vache-qui-pisse, un vrai déluge... J'ai failli revenir me réfugier en face d'un écran d'ordinateur. Typique, non, cette facilité cybernétique ? Quand la pluie vous hérisse le poil, bienvenue dans le cyberespace ! J'avais lu deux mels, répondu à l'un. L'autre pouvait attendre...
Mieux vaut affronter l'orage. Le temps de rentrer à l'hôtel je suis trempé. J'adore les douches, celle-ci autant qu'une autre.
Pourquoi apprécions-nous moins les douches publiques, offertes gracieusement par l'atmosphère ?
Ecrivons donc sur la pluie ! C'est la vengeance d'un aquaphile. Les grondements de l'orage ne l'empêcheront pas de jouir en écrivant. De la terrasse de l'hôtel, je regarde un rideau de pluie, doublé d`un rideau de brouillard.
Ouvrons les rideaux...
A quoi bon continuer à fuir ? La vitesse des trains et des bus en Inde est si faible que la mousson finira toujours par me rattraper ! Puisqu'elle me tient, je peux la tenir comme sujet d'écriture.
Restons assis devant cette table de jardin, écrivons.
En Inde, j'aime de plus en plus rester béatement sous la pluie. La température étant chaude, voire tiède, la pluie sèche vite. On ne ressent pas comme dans les pays tempérés cette désagréable sensation de froid, d'humidité qui se prolonge, à moins d'un séchage vigoureux.
Et puis la mousson est vraiment bénie des dieux.
Comment se réfugier dans son confort d'individu, coupé des forces élémentaires ? La pluie dégouline sur nos corps, la pluie nous traverse, elle nous irrigue, nous renouvelle, balançons nos vêtements dans le ciel ! Osons prendre une douche nus, en public, comme si nos salles de bain de cosmonautes bourrés de cosmétiques étaient envoyées dans le cosmos pour un voyage sans retour !
Voyez dans les films indiens, les saris mouillés par la pluie révélant par transparence la plastique himalayenne des héroïnes. Comment un spectateur sensible pourrait-il en vouloir à la pluie ?
Tout le monde en rêve, mais personne ne l'ose.
Remédions à ces inhibitions et cassons les salles de bain !
Quand la pluie commence, sortie immédiate comme Dieu nous a fait, avec savon ou shampoing, pour les plus cradingues.
Prendre une douche à poil sous la pluie quel bonheur ! Si ce bonheur est partagé, tant mieux !
Le parapluie est une invention inutile. S'il pleut quatre fois dans la journée, prenons quatre douches ! Des idées d'écriture me viendront en voyant tous ces gens se réjouir sous la pluie.
Les limaces, les escargots en profitent. Les plantes s'en délectent, s'ouvrent, accueillent cette eau divine. Et nous serions les seuls êtres de la Création à faire la grimace, à ronchonner ?
La mousson ça mouille, et après ?
Profitons de douches gratuites, offertes par le Ciel pour décrasser nos épidermes poussiéreux, nos cuirs de rhinocéros, quelque peu inhibés.
Et tout en chantant sous la pluie, vous me bénirez pour cette chronique.
P.S : Comment écrire avec papier et stylo sous une averse ?
Lionel Bonhouvrier.
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