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YAMUNOTRI : PELERINS du GUJARAT
Après le trek à Yamunotri, je me repose dans une Guesthouse à Hanuman Chatti, lorsqu'une musique entraînante, des chants, des claquements de mains, m'obligent à sortir de ma chambre.
Sur la place, une cinquantaine de personnes assises en cercle sur des couvertures, chantent avec un entrain communicatif. Beaucoup d'hommes portent une tunique blanche, certains un turban. Les femmes, moins nombreuses, regroupées entre elles, tête nue le plus souvent, sont vêtues de tenues colorées. Tenaillé entre l'envie de battre des mains comme eux ou de les photographier, je choisis la photographie. D'abord de loin. Puis je me rapproche progressivement. Cela ne les gêne pas.
Au centre du cercle, le joueur de tambour lance une phrase, reprise par les autres sur un rythme à deux temps, que tous marquent en frappant des mains. Un maigrichon en K-way bleu, capuche rabattue sur la tête, mène le chant d'une voix fluette. A leur côté, un moustachu baraqué assis en tailleur agite deux sortes de castagnettes de métal rectangulaires au-dessus de sa tête. Yeux fermés, il vit la musique avec passion. Tous l'encouragent lorsqu'il débute une séquence frénétique, agitant les bras en tous sens.
Il n'y a que deux autres musiciens, qui font sonner des coupelles métalliques au rythme des chants. Des dizaines de spectateurs entourent le groupe. Certains battent des mains et l'un d'entre-eux m'encourage à l'imiter. Tout le monde a le sourire. Cette fête de rue inattendue m'enchante. En frappant des mains, des participants me font de petits signes de tête. Je médite quelques gros plans quand les chants s'arrêtent. Tous se lèvent en discutant.
Le chef du groupe vient me saluer, m'apprend qu'ils viennent à pied en pèlerinage depuis le Gujarat...
Il me présente un homme qui parle correctement l'anglais. Ce délégué à la communication précise qu'ils marchent en moyenne 40 km par jour. Depuis Ahmedabad, ils ont traversé le Rajasthan, visité Agra, Mathura, Delhi, etc.
Ils reprennent la route demain à 6h pour Yamunotri. Je ne cache pas mon admiration. Le chef me présente deux Anciens, des "Seniors Citizens" d'Ahmedabad. Inclinaisons respectives...
Le chef m'invite alors à partager leur dîner. Difficile de refuser une invitation aussi simple, chaleureuse. J'accepte sans hésiter.
Les couvertures ont été alignées sur le sol, comme des sièges. Des tréteaux ont été installés. Chacun défile pour recevoir une assiette et un thali, composé de morceaux de chapatis, de sauce, d'une coupelle de lait.
Le délégué refuse que je m'asseye sur une couverture, me conduit à une table, où il m'invite à prendre une chaise. Puis il s'assied en face de moi pour me tenir compagnie.
Je partage les honneurs du groupe avec un saddhu aux allures de rasta, qui trône dans un fauteuil de jardin en plastique avec dignité.
Assis sur les couvertures, les pèlerins mangent en bavardant ou en silence, avec lenteur. Certains se lèvent pour obtenir du rab.
Après le repas, le chef m'apprend que leur groupe compte près de quatre-vingt personnes, dont une vingtaine de femmes. Il me montre un camion, qui transporte le matériel nécessaire à leur ravitaillement, comme des bombonnes de gaz. Deux voitures complètent leur convoi. Il me présente un Ancien qui a parcouru toute l'Inde à pied. Comment ne pas s'incliner ?
Un autre pèlerin s'approche, plein de sympathie, que j'interroge :
- "Comment arrivez-vous à marcher ainsi ? Vous n'êtes pas fatigué ?"
- "Ce n'est pas moi. C'est Dieu qui me donne la force !"
Lionel Bonhouvrier.
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