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VOYAGE REEL et IMAGINAIRE en INDE du N.O. (été 2006) : UTTARANCHAL (UTTARAKHAND), PUNJAB, HIMACHAL PRADESH. "Voyager, c'est bien utile, ça fait travailler l'imagination". (L.F. Céline, Voyage au bout de la nuit).

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CRAZY DRIVER (25 juillet 2006).

 

                               

                             CRAZY  DRIVER

 

 

 

 "Je ne suis pas homme à craindre le non-être

Cette moitié du destin me plaît mieux que l'autre moitié,

C'est une vie qui me fut prêtée par Dieu,

Je la rendrai quand il faudra la rendre."

(Omar Khayyam).

 

 

 

 

Après le trek de deux jours jusqu'à Gaumukh, je récupère mon sac-à-dos déposé en consigne à l'auberge de Gangotri, fais mes adieux au manager.

Au terminal routier, je constate que le dernier bus est parti. Des jeeps collectives conduisent à Uttarkashi pour 100 roupies. Trois ou quatre chauffeurs me sollicitent. Suivons l'un d'eux, au hasard. Il accepte que je case le gros sac sur la banquette arrière (et non sur la galerie), car je crains d'autres averses. C'est un bon point pour lui.

 

 

Assis contre une portière, j'attends le départ. Un seul passager vient d'entrer à l'avant. Le chauffeur, au soleil sur le capot-avant, crie d'une voix de chouette : "Uttarkashi ! Uttarkashi !"

Sur la place, des policiers montrent leur uniforme. Un policier donne un coup de sifflet martial, accompagné de mouvements de bras. Mais la régulation des manoeuvres des jeeps et des bus n'a guère besoin de lui.

 

 

Un mendiant tourne autour de la jeep, se décide. Devant ma portière, son visage buriné me sourit maladroitement. Il fait le signe de manger, montre le moignon de son bras gauche. Je lui donne une pièce de 5 Rs : "For a chai !" Il s'incline, traverse la place vers une gargote. Va-t-il acheter un thé ? Il hésite, préfère continuer son chemin.

Peu à peu, des voyageurs grimpent dans la jeep. Après une demie-heure, constatant que huit passagers sont sagement installés, le chauffeur lance la jeep.

 

 

Serions-nous en retard ? Le chauffeur fonce en vrai pilote de rallye ! Nous sommes trimballés en tous sens, je m'accroche à la banquette avant. Trois adolescents pèlerins ont pris place sur notre banquette. Le plus proche me pose en anglais les questions habituelles : Quel est mon pays ? Quelle est la durée de mon voyage en Inde ? Qu'ai-je déjà vu ?

Je lui réponds volontiers, entre deux cahots et deux coups de claxon. Au bout de dix minutes, il cesse de m`interroger. Le chauffeur tripote constamment les cassettes, les fourre dans le lecteur, en change. Le niveau sonore atteint des sommets...

 

 

Je suis bien placé, côté ravin, pour admirer les gorges du Gange, si profondément entaillées, qu'il est parfois difficile d'en apercevoir le fond. La jeep dévalle la route en cahotant, pas question de s'arrêter pour contempler le paysage... Toutes les cinq secondes, notre pilote claxonne des piétons, une vache, un véhicule venant en sens contraire, un autre qu'il veut absolument doubler. Ce ne sont pas les occasions qui manquent !

Le paysage est d'une grande beauté. J'aurais dû prendre un taxi pour demander à m'arrêter où je souhaitais... Notre conducteur-fou se moque de mes états d'âme. Il doit dévaller les 97 km jusqu'à Uttarkashi en 4h et demie. Sa réputation est en jeu...

 

 

Peu à peu, la vallée se transforme. Les gorges sont moins profondes, le Gange devient nettement visible en contrebas. Après 20 km, mon voisin-questionneur quitte la jeep, les deux autres adolescents passent devant.

D'autres voyageurs ont fait monter à onze, notre équipage.

 

 

A l'avant, c'est la fête.

Crazy Driver se shoote au claxon, manie le volant comme un as de pique, s'énerve parce qu'une cassette vient de se bloquer dans le lecteur. Les deux ados sont aux anges de rouler à tombeau ouvert dans une boîte-de-nuit ambulante. La voix sirupeuse d'une chanteuse populaire hurle les méandres de son spleen, accompagnée de cordes expressives, étirées à l'infini. Les vaches, les passants, les chiens, jusqu'aux poissons du Gange, tout le monde en profite ! Les deux ados et Crazy Driver s'entendent à merveille. On se passe des cigarettes et du feu, cela empeste le tabac. En tirant sur son chilom, Crazy Driver accélère, claxonne à n'en plus finir, monte le son de la musique au maximum.

 

 

Après deux heures d'un tel régime, je sens monter en moi des envies de meurtre. Nous allons tous finir les quatre roues en l'air dans un ravin ! A travers la fumée, je fais signe et ordonne à un des ados de baisser la musique. Puis, je me rencogne contre la portière en essayant de penser à autre chose. Dix minutes plus tard, Crazy Driver pousse de nouveau le son à fond... Ce matamore à petite moustache m'exaspère. Au lieu de se concentrer sur la conduite, ce disc-jokey raté passe la moitié de son temps à tripoter le lecteur et les cassettes... Mêmes ses petits mots attentionnés aux chauffeurs de jeeps que nous croisons m'énervent... En deux heures, Crazy Driver a stressé, perturbé des centaines de personnes, d'animaux. Traversant chaque localité, il appuie à fond sur son avertisseur sans ralentir, obligeant les piétons à des sauts de carpe pour éviter l'écrabouillement.

Et nous en avons pour deux heures, avant la fin de ce rallye Gangotri-Uttarkashi...

 

 

Décision réfléchie de rester zen... Pourquoi penser au pire ? Crazy Driver a survécu à des années de conduite démentielle.

Evidemment, mourir en si mauvaise compagnie me déplairait. Pour des raisons esthétiques.

La question-clé est plutôt : suis-je prêt à mourir maintenant ?

C'est le cas, semble-t-il. Alors, le reste est de peu d'importance.

 

Lionel Bonhouvrier.

 

 

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Publié à 14:04, le 25/07/2006 dans E4. CRAZY DRIVER
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