HiStOiReS InDiEnNeS
VOYAGE REEL et IMAGINAIRE en INDE du N.O. (été 2006) : UTTARANCHAL (UTTARAKHAND), PUNJAB, HIMACHAL PRADESH. "Voyager, c'est bien utile, ça fait travailler l'imagination". (L.F. Céline, Voyage au bout de la nuit).

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A LA SOURCE DU GANGE : GAUMUKH (27 juillet 2006). Avec 13 PHOTOS.

                 

À  la  SOURCE


du  GANGE :


GAUMUKH

 

 

 

 

Je rencontre Scott pour la première fois à Gangotri juste avant la tombée de la nuit. Je discute avec le manager du Niketan Bhavan pour louer le chalet n° 8, quand un huluberlu déboule, un bonnet enfoncé sur le crâne, pour se mêler à notre conversation. En tournée de comparaison des chambres du coin, cet escamoteur repart aussi vite qu'il est apparu...

 

 

 

Je me tourne vers Sumersinghrana. A la descente du bus en provenance d'Hanuman Chatti, il m'a proposé une chambre pour 100 roupies au Niketan Bhavan, où je l'ai suivi et ses services de guide jusqu'à Gaumukh et Tapovan. A 8 heures ? Je trouve ce départ trop tardif... Tant pis !

- "It's O.K. To morrow morning at 8 o'clock !"

Nous nous serons la main, puis je m'installe dans le chalet pour la nuit.

 

 

 

A 7h, je maraude au bord du Gange, qui postillonne joyeusement, en attendant qu'un barbier me fasse peau neuve.

Avec mon guide, nous quittons Gangotri (situé à 3048 m) vers 8h pour une randonnée de 19 km.

 

 

 

 

Le sentier à travers le parc naturel monte progressivement, franchit plusieurs torrents. La matinée s'éclaircit, devient presque radieuse. Je savoure cette chance en suivant les pas de Sumersinghrana.

 

 

 

 

 

 

 

Nous remontons le cours du Gange au plus près, ou à flanc de collines. Le temps change constamment, les nuages reviennent très vite. Peu à peu, je ressens les effets de l'altitude. Prendre des photos me permet de soustraire quelques brèves pauses.

 

 

 

 

 

 

Au loin, nous apercevons les monts Bhagirath, au-dessus de la vallée de la Bhagirathi (le Gange).

 

 

 

 

 

 

Le sentier franchit souvent des éboulis, des crêtes en bordure de précipices. Nous ralentissons. Prendre le temps de respirer régulièrement, pour s'acclimater à l'altitude, est nécessaire.

 

 

 

 

 

En chemin, nous faisons une pause dans une des tentes, sous lesquelles on peut boire du thé, manger et s'allonger quelques minutes.

 

 

 

 

 

En début d'après-midi, Scott réapparaît à Bhojbasa (altitude : 3782 m).

Attablés avec Sumersinghrana devant une tente-cantine, plantée sur un côteau qui domine la vallée du Gange, nous savourions un thé. Quand le zigoto de la veille ressurgit, le bonnet vissé jusqu'aux sourcils.

- "Hi ! Did you have a good day ?"

Nous éclatons de rire. Aussitôt, il m'informe des possibilités de logement. Le premier est trop cher. Le bruit et une ambiance peu sympathique excluent le second. Le meilleur est un campement planté en contrebas, non loin du Gange (150 roupies la nuit, dîner compris). Comme Sumersinghrana partage cet avis, nous y dormirons. Scott commande un thé, s'attable.

 

 

Au bord du sentier, des gourdes pleines d'eau du Gange sont suspendues à une potence de bois. En chemin, nous avons rencontré des pèlerins aux gourdes fixées par une large ceinture orange.

 

 

 


J'accompagne mon guide qui dévalle la pente menant tout droit au campement choisi.

 

Son manager est une femme, au sourire accueillant. Comment ne pas rester ? On m'indique une grande tente.

C'est là que viennent s'installer un peu plus tard Scott, suivi par cinq jeunes Francais. En somme, la "Tente Occidentale" de Bhojbasa...

 

 

Sumersinghrana s'allonge dans la tente voisine, réservée aux guides. Il a 29 ans, mais en paraît au moins 35. Petit et fluet, il ne semble ni en grande forme ni même en bonne santé. Son bonnet quitte rarement sa tête. Toute la matinée, il a profité de la moindre pause pour se griller une cigarette.

- "It's for energy !", explique-t-il avec son sourire triste.

 

 

On entend le grondement continu des eaux de la Bhagirathi (qui prend le nom de Gange en aval, à partir de Deoprayag). Des nappes de brume descendent lentement sur la vallée. Le temps se dégrade, il pluviote sans cesse.

J'enfile ma veste à capuche et traverse une cinquantaine de mètres jusqu'à la berge. La puissance des eaux torrentueuses m'impressionne.

Prière sous la pluie et les éclaboussures du Gange.

 


 

 

Sous la tente, longue discussion avec Scott, Néo-Zellandais de Christchurch.

Il ouvre un livre sur l'Uttaranchal, doté d`une carte très précise, utile pour les treks. Il souhaite aller le lendemain à Gaumukh, poursuivre jusqu'à Tapovan, 4 km plus loin. En ce cas, il aura besoin d`un guide. Sumersinghrana m'avait proposé une deuxième nuit en bivouac à Tapovan. Cela me tentait, par beau temps. Mais après une belle matinée, lumineuse, l'après-midi se présentait mal. Pluie et vent, voilà notre présent. Les heures s'écoulant avec lenteur sous la tente...

Scott a travaillé dans les services sociaux de Christchurch. Dans son pays, le crack et même le crystal font des ravages...

 

 

Les cinq Francais se sont connus à l'internat de leur école d'ingénieur à Chalons pendant deux ans. Ils viennent de terminer leur troisième année à Paris, aux Arts et Métiers.

Certains hésitent à aller à Tapovan à cause des risques de crevasses.

L'un d'eux défend avec vigueur l'idée d'aller à Nandovan, après Gaumukh.

En réalit&åacute;, tout dépendra du temps qu'il fera demain. Si ce temps pourri continue, je n'irais ni à Nandovan (4340 m), ni à Tapovan (4460 m). Je ferais comme prévu les cinq kilomètres jusqu'à Gaumukh, mon principal objectif.

 

 

 

Les heures se traînent.

On sort de temps à autre pour se dégourdir, mais la pluie nous fait rentrer assez vite. Les étudiants accumulent parties de cartes sur parties de cartes, en comptant scrupuleusement les points.

Scott discute surtout avec celui qui baragouine le mieux l'anglais. Son visage fin, buriné, porte des rides. Il est moins jeune qu'il n'en a l'air. Sans doute, entre 39 et 41 ans.

 

 

Ayant eu ma dose de paroles, j'en profite pour écrire tranquillement, à mon aise. Un étudiant s'approche : "Dis-donc, ton guide n'est pas très dégourdi. Je lui ai demandé son avis sur Nandovan, mais il n'a pas l'air d'être vraiment au courant..."

Après un petit tour à l'extérieur, Scott annonce qu'il partira demain pour Tapovan avec un guide dont il vient de faire la connaissance. Il doit se lever à 6h. Sur ce, il s'engouffre dans son duvet et l'on ne l'entend plus.

 

 

 

La nuit tombe. Sous la tente, couvertures et duvets sont installés depuis longtemps. L'annonce du dîner déclenche des grognements de satisfaction.

Deux services sont prévus, ma rapidité me vaut d'être du premier service.

 

 

Sous la tente principale, le cuisinier est un jeune, d'humeur joyeuse. En plaisantant, il nous prie de nous asseoir. Que va-t-il nous proposer ? Il nous offre le thé, demande à chacun de se présenter. Avec lui nous sommes six : un Indien, trois étudiants et moi. Le thé est brûlant, mais j'en savoure chaque petite gorgée. Notre hôte remplit ensuite des assiettes en carton avec une bouillie à base de riz.

- "Kitiri ! Kitiri ! Kitiri ! Kitiri !", répète-t-il à chaque fois, en faisant circuler une assiette pleine. Il semble ravi de nous gâter. La tente étant mal éclairée, je m'interroge sur les ingrédients du Kitiri. Mais cette bouillie reconstituante procure une bienfaisante chaleur, qui rayonne dans tout le corps.

-" Il y a même des morceaux de viande !", apprécie Pierre, et chacun approuve, en raclant soigneusement le fond de son assiette. Ce Kitiri est délicieux ! Notre cuisinier malicieux propose une deuxième tournée et tout le monde tend son assiette ! Je fais partie de ceux qui acceptent une troisième ration de Kitiri... Cette bouillie est idéale pour satisfaire notre estomac, après le treck depuis Gangotri, juste avant de se fourrer au chaud dans notre duvet.

 

 

 

La nuit est courte. Je me réveille vers 1h. Gros problèmes pour me rendormir. Serait-ce l'altitude ? Aussi, je me lève le premier, avant 6h. Temps brumeux de mélasse, entre nuit et jour, avec une pluie fine... Deux ou trois personnes remuent dans le campement. Après une toilette de chat, je dis bonjour à Sumersinghrana, encore allongé sous sa tente, déjà ouverte. Je préfère partir assez vite. Cela n'a pas l'air de l'enchanter...

 

 

Scott est sorti discuter avec le guide d'hier-soir.

Après un thé, Sumersinghrana m'annonce que je n'ai à régler que 150 Rs, sa nuit dans la tente des guides étant gratuite.

Quelques Francais ont mis prudemment un pied hors de la tente.

 

 

 

Vers 6h45, nous voilà partis sous la pluie, mon guide avec son inséparable bonnet sur la tête, moi encapuchonné dans ma veste.

Une heure de marche plus tard, arrêt sous une tente-cantine pour un petit-déjeuner. Thé et aloo paratha, comme d'habitude. 

Dix minutes plus tard, Scott nous rejoint, tout sourire. Qu'a-t-il fait de son guide ? A cause du mauvais temps, il y a renoncé. Voilà qui a du lui faire plaisir ! Scott n'ira probablement pas à Tapovan. Nous attendons qu'il finisse son repas avant de repartir vers Gaumukh.

 

 

A un moment, le chemin bifurque. Sumersinghrana s'arrête, me montre le sentier montant sur la gauche : "It's the way to Tapovan !" Regrette-t-il ma décision de ne pas y aller ? C'est probable.

 

 

 

                          Un oratoire sur le chemin de Gaumukh.

 

 

 

Nous arrivons à Gaumukh plus tôt que je le prévoyais, car nous avons marché à un rythme soutenu depuis Bhojbasa. Situé à 3892 m, le glacier de Gaumukh est magnifique. Il est à la source de la Bhagirathi, c'est-à-dire du Gange. Au bord de l'eau, une dizaine de pèlerins font trempette, ou prient.

Comme je m'avance pour photographier le glacier, des cris m`alertent. Je me retourne et mon guide me demande de rebrousser chemin. En effet, des craquements sont nettement audibles. De temps en temps, des blocs de glace se détachent et s'écrasent en contrebas. Cinq minutes plus tard, après de nouveaux cris d'avertissement, c'est Scott qui doit reculer.


 

Nous admirons longuement les blocs de glace, les nuances des blancs et des gris, une atmosphère de solitude minérale.

Scott m'apprend que ce matin, mon guide était en colère à cause de mon envie de partir si tôt. Je préfère en sourire...

Il me tend son appareil pour que je le photographie devant le glacier. Je prends deux clichés, puis lui demande de me rendre le même service avec mon Canon.

 

 

 

 

Sumersinghrana nous rejoint, pressé de rebrousser chemin. Adieux chaleureux avec Scott.

 

Et mon guide me précède sur le sentier qui descend, où nous croisons des pèlerins.

 

 

 

 

 

A Bhojbasa, il est 10h passées, mais les cinq étudiants sont encore sous la tente... Notre arrivée les décide à se lever et à s'habiller. Je les motive pour aller entendre mugir le Museau de la Vache !

 


Sur le côteau, Sumersinghrana demande une halte à la tente-cantine perchée au-dessus de Bhojbasa. Il a encore faim !

Je m'allonge, ferme les yeux pendant un quart d'heure. Ensuite, je constate qu'il boit son thé. A-t-il mangé quelque chose ? Gêné, il me répond qu'il va commander à manger...

Alors je remets mes chaussures, annonce le départ et reprends le sentier.

 

 

 

Pendant les 4h30 que dure la descente jusqu'à Gangotri, je garde la tête, donne le rythme de la marche, avec une énergie inépuisable. Mêmes les petites averses me réjouissent, participent à cette fête au pas de course.

Mon but est simple : arriver le plus tôt possible pour prendre un bus pour Uttarkashi. Pendant mon repos dans la gargote, j'ai décidé d'y arriver le soir-même. Effectivement, j'allais y parvenir, mais en jeep, et faire connaissance avec Crazy Driver...

 

 

                                       Le Gange à Gangotri.

 

 

 

Je pensais croiser à nouveau la route de Scott à Badrinath ou ailleurs, au-dessus de 3000 m d'altitude. Pour l'instant, cela n'a pas été le cas. Quelque chose me dit que je reverrai sa dégaine en veste léopard, bonnet rabattu sur les oreilles.

 

Lionel Bonhouvrier.

 

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Publié à 15:59, le 27/07/2006 dans E5. A la SOURCE du GANGE, GAUMUKH
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