HiStOiReS InDiEnNeS
VOYAGE REEL et IMAGINAIRE en INDE du N.O. (été 2006) : UTTARANCHAL (UTTARAKHAND), PUNJAB, HIMACHAL PRADESH. "Voyager, c'est bien utile, ça fait travailler l'imagination". (L.F. Céline, Voyage au bout de la nuit).

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GHANGARIA ou la VALLEE des FLEURS (Août 2006). Avec 24 PHOTOS.


 

GHANGARIA

 

ou

 

 

LA  VALLÉE


des


FLEURS

 

 

 

 

 

 

- "Do you want to go to Valley of Flowers ?"

Je réponds d'un Yes !, un peu sec au trentenaire, aux cheveux noirs en queue de cheval. Une panoplie de parfait randonneur. Car je suis de mauvais poil.

 

 

Vers 6h, le serveur du restaurant me laisse poireauter, préférant discuter avec un compère. Le cuisinier chôme... Je lui commande directement un thé et une aloo-paratha. Un quart-d'heure de perdu...

 

 

Ensuite, à la sortie de Ghangaria, je suis pris dans un flux de mules et de poneys, montés par des pèlerins, dont les clochettes tintinnabulent. Il n'est pas 7h. La route aux pierres glissantes, plantées n'importe comment, maculée de crotins plus ou moins lessivés par la pluie et les passants, ressemble à une autoroute un jour de rush. Pendant un kilomètre, les pèlerins sikhs l'encombrent jusqu'au premier embranchement. Tout droit, ils continuent vers leur lac sacré du Hem Kund. J'y suis allé la veille. Bougonnant contre these stupid animals, leurs cavaliers d'opérette, et contre certains muletiers braillards et sans-gêne, je réponds Yes !

Et sans me soucier de lui, je tourne à gauche. Le tourniquet de la billeterie est à une quinzaine de mètres.

 

 

Le local est vide, trois ou quatre Indiens attendent patiemment le guichetier. La billeterie est théoriquement ouverte depuis une heure... Au bout de cinq minutes, j'annonce assez fort au randonneur mon intention d'entrer sans payer. Effet immédiat ! Un Baba quinquagénaire barbu à dredlocks se pointe comme une fleur... Avec un grand sourire : "It`s 350 roupies !" Sans un mot, je lui tends un billet de 500 Rs, qu'il empoche avec un grand naturel, avant de me rendre la monnaie. Je réclame un ticket.

-"Ce n'est pas nécessaire, vous pouvez y aller !"

Pourquoi m'en faire ? Je fonce vers la Vallée des Fleurs, abandonnant huit ou dix Indiens au bon vouloir de Bab Rasta...

 

 

Le sentier monte, traverse un bois, serpente, permet de voir le village, se détacher peu à peu dans la vallée.

 

 


                            Ghangaria est située à 3050 m.

 

 

La Vallée des Fleurs s'étage de 3650 m à 3950 m environ. Un torrent coupe le sentier, qui tourne à flanc de colline avant de descendre à travers un sous-bois jusqu'à une rivière, qui cascade magnifiquement. Franchissant un pont, le sentier remonte dans un bois en pente raide. J'enlève veste et polaire pour ne garder qu'un polo... Sorti du bois, je me sens en pleine montagne, au-dessus d'une rivière.

Plus loin, un panneau annonce l'entrée du parc naturel de la Vallée des Fleurs.

 

 

 

Avant 8h, le ciel se dégage : des pans de ciel bleu permettent de distinguer les sommets cernant la vallée.


 


Dans un torrent, deux hommes lavent du linge. Deux autres ouvriers empierrent le sentier. De l'autre côté de la rivière, la langue blanche et noirâtre d'un glacier atteint les eaux. Les fleurs sont de plus en plus nombreuses autour du sentier, qui continue à monter. Le temps redevient très nuageux, menaçant.
Découvrant la fonction "macro-numérique" du Canon, je me prends au jeu. Le vent fait bouger les fleurs et beaucoup de mes clichés sont flous. Se concentrer, appuyer au juste moment... Peu à peu, j'efface les photos ratées.

 

 

Plusieurs groupes d'Indiens me dépassent. Un homme m'interroge : "Are you a botanist ?" D'autres s'intéressent à mon écran LCD.

 

 

 

La pluie commence... Avec des ruses de Sioux, je continue à photographier. Un quart d'heure plus tard, trois visiteurs rebroussent chemin, découragés, car il n'y a aucun abris. La pluie ne dure qu'une demi-heure, ensuite j'enlève la capuche, photographie de plus belle.

 

 

On a planté çà et là quelques panneaux vert et rouge, où est inscrit un nom de fleur. Mais chaque panneau est entouré de trois ou quatre plantes différentes... Laquelle se nomme ainsi ? Les variétés de campanules et d'anémones sont nombreuses. Anemone tetraspala (mauve, à quatre pétales) ou Anemone obtusiloba (proche de la précédente).

 

 

J'aime les clochettes violettes, accrochées sur une longue tige :


 

Campanula latifolia est dotée d'un pistil jaune trifide recourbé, fort gracieux. Ses étamines sont roses.

 

 

Le randonneur à queue de cheval m'a dépassé, portant une cape de pluie kaki, où est inscrit en blanc "Valley of Flowers". C'est donc un guide. Il donne des explications à une famille d'Indiens. Deux porteurs suivent ce petit monde.

Le sentier monte toujours dans un paysage magnifique. Plusieurs pics de plus de 4000 et 5000 m, souvent cachés par le brouillard, encadrent la vallée. Elle forme un vaste demi-cercle, d'où jaillissent au moins huit cascades, d'une hauteur impressionnante :


 


 

Maintenant, les fleurs parsèment l'espace de massifs étendus, mauves, jaunes ou blancs. Le chemin traverse un torrent. On a planté un grand panneau vert et rouge : le plan du parc national de la Vallée des Fleurs :


J'y apprends que le cours d'eau s'appelle la Pushpawati. Certains sommets, comme le Nilgiri, dépassent les 6000 m.


 


Guide, Indiens et porteurs s'installent sur un gros rocher, assez plat, à une dizaine de mètres du sentier. C'est un lieu parfait pour se reposer en admirant le paysage. Je croise alors le couple de Calcutta : Rakhi et Paranjoy. Nous avons mangé deux fois dans le même restaurant, à Ghangaria. Et je les ai rencontrés la veille au Hem Kund près du lac. Paranjoy me confie son appareil pour que je les photographie. Je lui demande le même service :


Ils redescendent déjà...

 

 

Le soleil réapparaît, en cinq minutes le plein été rayonne. Je me mets torse nu, continue mes découvertes. Comme des ombellifères :


 


 

Certains géraniums ressemblent à des anémones. Il y a également des roses sauvages. Je tombe en arrêt devant un bosquet touffu de fleurs blanches, petites, aux boutons découpés : Thymus linearis (?) Ses tiges sont argentées :

 

 

Plus loin, ce sont des fleurs jaunes, découpées, aux formes délicates (Impatiens ?).


 

Une fleur mauve, la plus fréquente, recouvre de grandes zones dans la vallée. Elle ressemble à une orchidée. Son coeur, orange avec des veinules, est rouge à la base.

 

 

Le plein été est bref. Refroidissement express. J'enfile le polo et même la veste. Déjà, il pluviote.

Après 10h30, la batterie du Canon faiblit. Catastrophe ! Je l'économise au mieux. Mais je craque devant Potentilla atrosanguinea, une des rares fleurs rouges :


Au centre des cinq pétales carmin, les étamines noires entourent un coeur jaune.


 

Parmi les Pedoncularis, ma préférée est jaune canari. Son pied vert salade niche une floppée de petites bouches jaunes.

 

 

Grimpant lentement le sentier, je sélectionne sévèrement les plus belles fleurs, pour ménager ma batterie. Je retiens :

- une fleur blanche, pure, aux pétales à peine striés :


 

- trois "marguerites" aux pétales jaune vif, au coeur ocre d`or :


 

- Cyanathus lobatus, aux cinq pétales violets, au coeur jaune. Un lobe marron prolonge l'arrière de la fleur :

 

 

 

Vers 11h, je rencontre quelqu'un d'aussi concentré que moi, mais mieux outillé. Il utilise deux Canon à pellicules argentiques, dont un muni d'un gros téléobjectif. Je photographie deux fleurs qu'il avait lui-même choisies, ce qui a l'air de l'amuser. Son visage est très foncé, ouvert, déterminé.

 

 

 

Prakash habite Dacca au Bangla-Desh. Quand il apprend que je suis Français, il m'interroge aussitôt :

- "Que penses-tu de Napoléon ?"

- "C'est un grand homme de l'histoire de France. Je connais beaucoup de Français qui ne l'aiment pas. Ce n'est pas mon cas !"

- "Ils ont tord ! Napoléon est le plus grand des Français !"

 

 

Cette discussion avec un admirateur de Napoléon me plaît. Petite pause alimentaire, j'ai la fringale. Nous échangeons ses crackers contre mes cacahouettes en discutant.

Le guide nous rejoint. Son visage sympathique est fait de bric et de broc... Il s'appelle Rajneesh et sort un appareil qui concurrence ceux de Prakash. Nous nous entendons fort bien.

 

 

 

 

Puis je repars en vadrouille. Plusieurs merveilles m'attendent :


 


A quelques mètres, Cypripedium himalaicum, dont les hautes tiges sont d'une rare élégance. Elles superposent chardons et fleurs roses, jaillissant hors de la tige.


 

Tout près, de magnifiques rhododendrons pointent leurs feuilles aux formes pures, ouvertes, comme en offrande vers le ciel.

 

 

 

En descendant vers un torrent, je m'arrête pile :


 

La batterie me lâche vers 12h30 et le Canon s'éteint.

Quand la pluie recommence, cela me donne le signal du retour, en savourant le paysage.

 

 

 

 

Dix minutes plus tard, des Indiens m'interpellent, m'invitent à partager leurs hamburgers indiens. Je m'aperçois qu'il ne leur en reste que trois, je ne fais qu'y goûter. Ils habitent Delhi, le leader s'exclame :"Zidane ! Zidane !". On m'interroge sur mes voyages en Inde.

-"What's the currency in France ? Dollar ?"

Un autre veut savoir si un professeur est bien payé en France.

 

 

Gentillement, je leur fausse compagnie, pour tomber sur un groupe de Sikhs, connus la veille pendant la montée au Hem Kund. Tous les cinq tiennent à me serrer la main. Tout près, Rajneesh et son groupe évacuent leur rocher. Pourquoi ne pas y aller écrire deux ou trois pages ?

Aussitot installé, mes cinq Sikhs y débarquent. Ils s'asseyent, blaguent, grignotent, rigolent. Pour écrire, je manque un peu de calme... Nitchevo !

 

 

La véritable descente commence vers 14h, pour se terminer dans un restaurant de Ghangaria à 15h30. Mais une centaine de mètres avant la billeterie, j'entends quelqu'un tousser à s'en arracher les amygdales. Après un virage, j'aperçois Bab Rasta, à dix mètres, en pleins spasmes aigus de toux. Une bouffée de haschisch me saute aux narines. Bab Rasta a dû fumer la moitié de mon billet de 500 roupies !

-"Smoking ! Be careful, sir !" Sa toux redouble.

-"It's never too late to stop smoking !" Il me regarde avec résignation, petit sourire triste... Je le croise sans m'arrêter.

 

 

Dans l'après-midi, sieste. Puis écriture.

Vers 18h30, je commence à m'ennuyer. Il me tarde de voir les photos. Charger la batterie est nécessaire, mais à Ghangaria, l'électricité fonctionne de 5h à 7h, puis de 19h à 22h...

Avant 19h, ma lampe s'allume ! Soulagé, je branche le chargeur et quitte ma chambre.

 

 

 

 

Descente vers le Gurdwara, quand j'aperçois la trogne étonnée de Rajneesh ! Il est assis dans une boutique minuscule, près de la réception de l'hôtel Devlok. J'entre, nous sommes contents de nous revoir. Il montre un film sur la Vallée des Fleurs à mes amis Rakhi et Paranjoy...

En réalité, Rajneesh est guide et photographe. Sa boutique s'appelle Nature, photo center. On y trouve ses très belles photos de fleurs, de paysages et d'animaux, en plusieurs formats. Et aussi des brochures sur la Vallée des Fleurs et d'autres sites, divers objets liés à la montagne, de la documentation sur la nature. Très ouvert, Rajneesh passe sur le téléviseur des vidéos et des DVD, discute avec qui pousse sa porte.

Justement, Prakash entre et nous éclatons de rire tous les trois.

 

 

 

 

Une soirée inespérée commence. Attiré par le film, un Israélien hésite quelques minutes, puis entre. Rakhi et Paranjoy s'éclipsent à la fin du film. Nous restons tous quatre à discuter à perdre haleine.

John est le benjamin du groupe. Son visage est un étrange compromis entre celui d'un étudiant à lunettes, et la face ravagée de son grand-père... Baroudeur, il a déjà voyagé en Europe ("très chère, l'Europe ! De loin, la plus chère !"), au Japon, aux Etats-Unis.

Rajneesh nous montre "Sweet Memories", un album-photos, qui regroupe des portraits de lui-même, d'un ami guide (qui passe en coup de vent parmi nous), et des Européens, Japonais, Américains, ayant loués ses services. Photos des montagnes de la région, prises en toutes saisons. Il répond à toutes nos questions sur les fleurs, les animaux (ours, coqs de bruyères, rapaces), ou les treks en Uttarranchal. Quelle mine d'informations !

 

 

Vers 21h30, je meurs de faim. Tous ont dîné sauf moi...

Si vous passez à Ghangaria, allez voir Rajneesh, vous serez surpris par sa gentillesse, il vous sera utile, j'en suis persuadé.

 

 

P.S. : Les amateurs de fleurs, les botanistes sont invités à laisser un commentaire s'ils ont relevé une approximation, une erreur, ou pire.

 

 

Lionel Bonhouvrier.

 

 

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Publié à 15:58, le 5/08/2006 dans H1. La VALLEE des FLEURS
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