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VOYAGE REEL et IMAGINAIRE en INDE du N.O. (été 2006) : UTTARANCHAL (UTTARAKHAND), PUNJAB, HIMACHAL PRADESH. "Voyager, c'est bien utile, ça fait travailler l'imagination". (L.F. Céline, Voyage au bout de la nuit).

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CHANDIGARH : ENTRETIEN avec NEK CHAND (11 août 2006).

 

 

ENTRETIEN

 

avec

 

 

NEK CHAND


 

(Chandigarh)

 


 

 

 

 

 

 

 

Ce matin avant 10h, je téléphone au domicile de Saini Nek Chand, grâce au réceptionniste de mon hôtel, qui me transmet son numéro.

Sa femme me répond et me passe son mari, auquel je me présente brièvement. Peut-il me recevoir ? Nek Chand accepte aussitôt. Quelle heure me conviendrait ?

 

 

Je réponds que je suis libre toute la journée. Je lui propose de choisir lui-même l'heure qu'il préfère. - 16h30 ? - C'est parfait ! Mais à quel endroit ?

- Au Rock Garden, à 16h30.

- D'accord, mais le Rock Garden est vaste. A quel endroit précis ?

- A l'office du Rock Garden.

- Parfait, à tout à l'heure M. Chand !

 

 

 

Dans la matinée,  je corrige et enrichis le texte commencé le 9 août, après ma première visite au Rock Garden ("Le Rock Garden de Nek Chand").

Dans une cyberboutique, je fais imprimer les trois pages. Durée de l'impression : 30 minutes ! L'antique imprimante n'a jamais été entretenue. Constatant les résultats pitoyables de la première impression, je plaide pour une intervention efficace. Impossible d'offrir une telle horreur à Monsieur Nek Chand ! Le gérant m'approuve, décide de se remuer. Il nettoie les têtes, recommence l'impression, puis change une cartouche d'encre, recommence...

 

 

 

 

A 16h30 Nek Chand me reçoit. C'est un homme de plus de 80 ans, mince, assez petit, les cheveux blancs, le nez busqué. Assis dans un bungalow où sa personnalité éclate, il se lève pour me serrer la main. Aussitôt, je suis certain que l'entretien se passera bien.

- Mon nom est Lionel Bonhouvrier. Je suis Français, et très touché que vous ayiez accepté de me recevoir si vite !

- Prenez place, asseyez-vous ! Que voulez-vous boire ? Un café ? Un thé ?

- Je prendrai comme vous. Un thé, si vous prenez un thé !

Il se tourne vers le vieil employé qui venait de m'introduire et lui donne des ordres en hindi.

 

 

Je lui remets une enveloppe contenant les trois pages de "Le Rock Garden de Nek Chand".

- C'est un petit cadeau. J'ai écrit ce texte il y a deux jours après ma visite au Rock Garden. C'est la première fois que je viens à Chandigarh.

- Est-ce-que cela doit être publié dans un journal français ?

- Je l'espère. Peut-être un journal comme Le Monde, ou Libération. En cas de publication, je vous enverrai un exemplaire. Pouvez-vous lire le français ?

- Non, je ne le comprends pas.

- En ce cas, vous pouvez le faire traduire, par un ami par exemple.

- Oui, c'est possible.

Lui montrant la première page, j'explique que j'écris dans un blog des textes variés au cours de ce voyage en Inde. Ici, c`est l'adresse du site. Pour cela j'utilise internet. Mais je sens qu'il décroche. Ce monde n'est pas le sien et nous passons à d'autres sujets.

 

 

 

Il parle un anglais simple, lentement, et je comprends correctement ses propos. Il me remet un livre en anglais, écrit par des Français, m'incite à le feuilleter.

- Où êtes-vous né ? En Inde ?

- Non, je suis né dans un village du Pakistan. Il se lève, traverse la salle. Sur les murs, de nombreux documents sont affichés. Il s'arrête devant une photo qui représente sa famille, posant dans la rue, devant la maison de leur village.

- Et votre famille a émigré en Inde après la Partition ?

- Oui, nous sommes tous venus en Inde, d'abord à Delhi.

- Le voyage a été dur ?

- Oui, très dur... Il me regarde, troublé. Visiblement, son émotion lui coupe le souffle. Il ne peut rajouter un mot... Je respecte son silence.

Il revient vite s`asseoir dans son fauteuil. Son domestique apporte sur un plateau verres d`eau et tasses de thé.

 

 

- Quand êtes-vous venus vous installer à Chandigarh ?

- Je suis venu ici à cause de mon travail (Road Inspector) en 1951.

- Et en 1958, quand vous avez commencé le Rock Garden, toute cette zone était de la jungle ?

- Non ! C'était de la brousse, il n'y avait pas d'arbres.

- Et donc pas d'arbres à couper ! C'était plus pratique pour vous !

Il rit, opine de la tête.

 

 

 

 

A mes questions, Chand répond brièvement, ne se laisse pas aller aux développements espérés. J'attends des éléments nouveaux, mais il ne m'indique souvent que des faits déjà connus. J'aimerai savoir ce qui était vraiment difficile pendant la période où il travaillait en quasi secret, entre 1958 et 1974. Mais il ne répond pas vraiment, esquive la question d'une mimique. De même, j'essaye de le faire parler sur la découverte du Jardin en 1975, sur ses problèmes avec les autorités. Il préfère rester discret, parle vaguement des citoyens qui ont défendu le Rock Garden.

 

 

Puis il m'envoie regarder derrière le ventilateur.

Une affiche donne les coordonnées de la Nek Chand Fundation, l'une située à Londres, l'autre aux Etats-Unis. Je devrai pouvoir les obtenir sur internet.

Quand je retrouve ma chaise, il me glisse deux brochures le concernant. J'y jette un vague coup d'oeil.

 

 

 

Trois jeunes Indiens entrent, accompagnés par le domestique, s'inclinent à tour de rôle vers le genou de Nek Chand.

L'entretien prend une phase nouvelle, car ils ne parlent guère que le hindi. Nek Chand s'adresse à chacun, prend des nouvelles et j'écoute leur conversation, n'en comprenant que des bribes. Nek Chand apprécie particulièrement le plus loquace des trois, très souriant, à l'aise. Les deux autres s'expriment peu, s'asseyent en retrait, finissent par se contenter d'écouter.

 

 

Tout rappelle l'univers de Nek Chand dans le bungalow.

Parmi les nombreux documents, je remarque l'affiche d'une exposition Nek Chand dans le Wisconsin, plusieurs photos à des manifestations officielles en compagnie de sa femme, des articles de presse...

Plafond et murs sont tapissés de galets, ceux que l'on retrouve dans ses espaces truffés de sculptures. Des plantes en pots, des statuettes en bois, des sculptures rendent l'atmosphère exotique.

Trois grands mannequins prennent beaucoup de place. Ils sont différents de ceux que j'ai vus au Rock Garden : en tissus multicolores bien rembourrés, des fils de laine marquent les traits du visage. Autour du bureau du Créateur-Directeur, quatre ou cinq fauteuils sont disposés en demi-cercle pour les invités.

 

 

Pendant ce temps, la conversation se poursuit en hindi.

Plusieurs coupures de courant, de quelques minutes, nous ramènent à la réalité d'un climat étouffant, vraiment oppressant. La remise en route des ventilateurs nous soulage immédiatement.

Silencieux, je m'ennuie un peu, feuillette une brochure de Majumdar Minhazz, écrivain et chercheur, sur le Rock Garden :"Sculpting from Scrap". Et je commence à prendre des notes. Nek Chand le remarque, m'offre la brochure avec une plaquette. A l'hôtel, je constate que c'est une analyse de Nek Chand sur son oeuvre, intitulée "Spirit of enterprise". Elle a reçu The Rolex Awards for Enterprise 1990.

 

 

 

Je décide de participer un peu : Avez-vous rencontré Le Corbusier dans les années 1950 ?

- Oui, je l'ai vu plusieurs fois quand je travaillais à Chandigarh.

- Avez-vous parlé avec lui ? Que pensez-vous de lui et de son travail ?

- Mister Le Corbusier ne m'a jamais adressé la parole. Je n'étais qu'un modeste inspecteur... Il ne parlait qu'avec les chefs, ils restaient toujours entre eux. Il n'avait pas le temps de parler avec des gens comme moi... Et il venait rarement à Chandigarh, une fois par an seulement... J'aurais aimé parler avec lui, mais cela n'a pas été possible...

Enfin une véritable réponse ! Malgré le temps écoulé, le Patriarche semble touché par cet esprit de caste sociale.

- C'est dommage, cette distance... Et avec Pierre Jeanneret ?

- Il était toujours avec Mr Le Corbusier, ils restaient entre grands chefs...

 Déjà, Nek Chand se tourne vers son favori, l'interroge en hindi. La blessure est refermée, tant pis pour moi !

 

 

Plus tard, la conversation se fixe sur la France. Passant à l'anglais, le Patriarche se souvient :

- En 1980, j'ai passé trois mois à Paris. Mister Chirac m'a même invité ! Il était Maire de Paris à l'époque. Aujourd'hui, c'est le Président !

Le jeune invité intervient en anglais, prononce même le mot "Maire" en français.

- Et avez-vous rencontré beaucoup d'artistes français ?

- Oh oui, en trois mois, beaucoup d'artistes !

Je n'en saurai pas davantage aujourd'hui... Aussi, j'annonce mon départ.

 

 

 

 

Nek Chand s'intéresse alors à mes conditions de logement à Chandigarh.

- Quel est votre hôtel ?

- The Transit Lodge, pratique, central. Au-dessus de la gare routière. Pratique pour prendre des bus toute la journée et y revenir le soir, pour manger, pour la vie quotidienne.

- Quelles sont vos charges ?

- La moins chère des chambres coûte 450 Rs. C'est cher. Je préfère le dortoir de 17 lits. C'est 125 Rs la nuit, y compris un repas.

- C'est un prix correct.

- Oui. Un lit me suffit. Et les clients du dortoirs sont discrets, souvent sympathiques.

 

 

Et sur ces bonnes paroles, je serre la main à tous, remercie chaleureusement Nek Chand pour la simplicité de son accueil et pour sa disponibilité.

Avant la nuit, j'ai plus d'une heure de lumière pour explorer certaines parties mal connues du Rock Garden.

 

Lionel Bonhouvrier.

 

 

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Publié à 14:29, le 11/08/2006 dans I2. CHANDIGARH : ENTRETIEN avec NEK CHAND
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